|
Critique : Il y a longtemps que je t'aime |
 |
|
L'écrivain Philippe Claudel aura mis 46 ans pour réaliser son premier film. Le résultat est-il à la hauteur de l'attente ?
Il y a plus d'un homme en la personne de Philippe Claudel. Il y a l'écrivain bien sûr (Prix Renaudot en 2003 pour « Les Âmes grises »), le scénariste pour le metteur en scène Yves Angelo (Sur le bout des doigts en 2002 puis l'adaptation desdites Les âmes grises en 2006). Egalement photographe, peintre et musicien, le touche à tout a trouvé dans le cinéma le moyen de réunir toutes ses passions dans un même média. Il était donc très intéressant de voir ce que son premier film pouvait donner. Et, en effet, il donne pas mal : dans l'émotion tout d'abord, dans la sincérité ensuite puis dans le bonheur de voir des comédiennes d'exception se donner corps et âme à leur rôle. Philippe Claudel revendique un cinéma purement humain, une sorte d'ouverture vers l'amour pour ses spectateurs. L'idée est belle… Et réussie.
Juliette (Kristin Scott Thomas) attend dans un aéroport l'arrivée de sa sœur cadette Léa (Elsa Zylberstein). 15 ans de séparation, 15 ans qu'elles ne se sont pas vues. Et pour cause : Juliette vient tout juste de sortir de prison. Quel crime a-t-elle commis pour purger une peine aussi longue ? Et surtout pourquoi ? Même si ce n'est plus un secret pour personne, je préfère garder le silence car un des grands plaisirs du film est sa découverte. Puis, le véritable sujet est ailleurs, dans la part d'amour présente chez tous les personnages, majeurs ou mineurs, qui composent le film : le mari de Léa (Serge Hazanavicius), ses enfants adoptés (dont l'adorable Lise Ségur), le commissaire Fauré (François Pierrot débordant d'humanité dans son jeu), le collègue de faculté de Léa (Le grand acteur de théâtre Laurent Grévill), Le grand-père muet (Jean-Claude Arnaud vu chez Alain Resnais et Claude Chabrol il y a déjà un bout de temps), tous sont victimes de leur passé et cherchent aujourd'hui l'attachement aux autres.
« Il y a longtemps que je t'aime » est le titre du film de Philippe Claudel mais est également une phrase que Léa aurait pu dire à Juliette, longtemps disparue puis enfin revenue. Le film est riche. On y parle à la fois du pardon, de la dignité, de la renaissance, de culture en général (on y chahute un peu le cinéma littéraire de Eric Rohmer, on y encense l'écriture de Jean Giono), Il y a longtemps que je t'aime a ses défauts, certes, mais des défauts qui tendent à s'effacer devant ses qualités. Outre l'interprétation magnifique des deux actrices (toutes deux déjà en lice pour la prochaine Cérémonie des Césars), on y trouve un réconfort, une joie de vivre que son final revendique et qui nous laisse dans un état émotionnel intense. La mise en scène a le bon goût de s'effacer devant son sujet et le scénario est d'une rare intelligence (l'ouverture intérieure de Juliette à travers la maison tout d'abord, puis ses habitants, le travail, etc…) démontrant par petites touches pudiques et délicates une sociabilité retrouvée admirablement décrite.
Les défauts sont plutôt à chercher du coté de la façon dont le réalisateur amène les émotions. Là ou certains ne verront que naïveté et bons sentiments, d'autres se laisseront aller à la pure narration, évitant, les symboles qui émaillent ici et là le film (l'enfance y est partout présente sous des formes diverses), la musique de Jean-Louis Aubert, un peu trop « évidente », le générique de fin ou ledit chanteur interprète « Dis, quand reviendras-tu ? » de Barbara… et ne verront ni pathos, ni chantage affectif. Les autres trouveront cala putassier et auront certainement l'impression d'avoir été manipulés. C'est dommage pour eux car c'est justement dans la grâce et la tendresse du propos que se situe la vérité du film. Personnellement, décortiquer le film ne m'a, en aucun moment, empêché d'adhérer à l'histoire et à ses personnages. Alors, tentez vous aussi votre chance ! Ce serait tellement dommage de passer à coté d'un film aussi chaleureux et bouleversant, le genre parfait du film français qui, aujourd'hui, se fait de plus en plus rare. Il y a longtemps que je t'aime a obtenu le Prix œcuménique ainsi que celui du public du Festival de Berlin. Une raison de plus pour ne pas le manquer.
|
| |
|
Publié
le 23/03/2008 par Christophe Hachez
|
| Verdict |
A travers l’histoire des retrouvailles de deux sœurs longtemps séparées, Philippe Claudel livre un film tendre et attachant, triste et gai, populaire et rigoureux. On en sort enchanté et ému jusqu’aux larmes. |
9/10
|
|
|
|