Que se cache-t-il derrière « le plus grand succès espagnol de tous les temps » ? Un, deux, trois… Soleil !
Rien de plus racoleur que le slogan cité deux lignes plus haut, aux côtés du célèbre cinéaste Guillermo del Toro inscrit en gros sur l'affiche pour attirer du monde dans les salles. Cela dit, L'Orphelinat traîne déjà une excellente réputation derrière lui, avec de nombreuses participations à des festivals et de nombreux trophées remportés, notamment huit Goyas, l'équivalent espagnol de nos Césars. De quoi intriguer le spectateur sceptique. Tentons donc de faire abstraction de tout ce battage pour nous concentrer sur ce qui nous intéresse, c'est-à-dire le film, l'histoire, ses personnages et leurs émotions. Action.
L'intrigue de L'Orphelinat tourne autour d'un couple, Laura et Carlos, et de leur enfant adoptif, Simon. Laura décide de reprendre l'orphelinat dans lequel elle a grandi étant petite pour en faire un centre d'aide aux jeunes enfants handicapés. Alors qu'ils emménagent dans la grande bâtisse, Simon se découvre de nouveaux amis imaginaires qui n'ont pas vraiment envie de passer inaperçus. Autant le dire tout de suite, L'Orphelinat ne révolutionne pas le genre, il ne faut donc pas s'attendre à une œuvre singulièrement nouvelle et intégralement innovante, on se trouve surtout devant un long-métrage relativement classique mais maîtrisé, où chaque élément renvoie un autre en écho, le tout formant un film bien rythmé, qui s'essouffle rarement.
Alliant fantastique et drame familial, L'Orphelinat traite à sa manière le thème de la maternité. Un jeu de rôles entre l'enfant et le parent, celui du chat et de la souris, après une partie d'un, deux, trois, soleil. Ce type de symbolique, qui confronte la vision du monde de l'enfant à celle des parents, arpente le film de part en part. C'est en ce sens assez ludique, et le réalisateur exploite merveilleusement le sujet. Ce n'est pas pour rien que L'Orphelinat est catégorisé comme étant un film d'horreur, même s'il ne l'est pas vraiment, il n'y a pas de scènes explicites, mais plutôt de bons frissons. On pourrait plutôt parler d'un film d'angoisse, l'histoire d'un fossé entre deux réalités, celle de l'enfant et celle des parents, et le mur invisible qu'il les sépare souvent.
Là où l'on peut tirer le chapeau, c'est devant la maîtrise et le soin apportés à l'œuvre tant au niveau de l'écriture, limpide et claire, que de la direction artistique et de la réalisation, qui prend le temps de poser les tensions pour mieux servir son propos et toucher le spectateur. Le travail sur les personnages, leur motivation et leur psychologie est excellent, très bien servi par des acteurs qui ont su cerner leur personnalité et les conflits engagés. On peut souligner l'arrivée de ce film de genre qui ne donne pas dans le gratuit, qui a quelque chose de sérieux à dire, et qui plus est le dit correctement, clairement et efficacement. En ce sens, L'Orphelinat mérite toutes les récompenses qu'on lui attribue.
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