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Critique : There Will Be Blood |
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Dans There Will Be Blood, Daniel Day-Lewis trempe ses mains dans le sang de la Terre et de ses habitants.
Voici le nouveau film de Paul Thomas Anderson, There Will Be Blood, ou comment un mégalomane misanthrope crache sa haine du monde : bienvenue dans la tête de Daniel Plainview, oil-man. Le film suit donc l'ascension sociale et sinon la déchéance morale de Plainview de 1898 à 1927. Les débuts sont âpres : on est accueilli par dix minutes de combat contre la terre sans dialogues avec rien que le paysage écrasant et la musique atonique façon sortie d'usine (ou mugissement de vaches; c'est selon). On tremble : Anderson se serait-il mit à l'horrible expressionisme allemand ? Qu'on se rassure, le film sort vite de cela. Mais c'est trop tard, le ton est donné : There Will Be Blood sera sans douceur, sans concession, façon « love it or leave it ». Tout au long du film, les grincements d'une musique perverse nous suivent, nous rappellent que même en costume et souriant il faut se méfier de Plainview. L'instant charnière se situe au moment où son fils est blessé : alors, toute la haine, toute la violence du personnage commence à sourdre.
Le personnage de Daniel est contrebalancé par une sorte de double, Elie Sunday (joué par Paul Dano, l'ado muet qui se voit soldat dans Little Miss Sunshine, qui retrouve Daniel Day-Lewis après The Ballad of Jack and Rose), un faux prophète qui guide la communauté dans laquelle Plainview et son fils s'installent et qui a lui-même un jumeau dont l'existence est trouble. La présence de la religion est comme tout le reste dérangeante car non traditionnelle ; la confrontation entre les deux personnages est explosive et se situe au-delà du bien et du mal : on est complètement, irrévocablement dans le négatif tout au long du film, et le salut que la religion aurait pu nous apporter nous est refusé pour nous replonger dans l'esprit torturé de Plainview. Daniel Day-Lewis a eu l'oscar du meilleur acteur, et la récompense est justifiée: en réfléchissant, on voit difficilement qui aurait pu prendre ce rôle, et c'est aussi ce que pensait le réalisateur qui a attendu la confirmation de l'acteur avant de finir son scénario. Si c'est pour nous livrer des rôles comme ça, on excuse Daniel Day-Lewis de se faire si rare, et on attend le prochain.
En même temps, on retrouve aussi la plupart des thèmes que Paul Thomas Anderson a déjà exploité dans ses films précédents : la folie, la démesure, le rapport père-fils, ces trois éléments ayant grandement la place de se développer dans There Will Be Blood. Le réalisateur démonte aussi le mythe du self-made man, la vision idéalisée de cette période d'abondance que furent les années pétrole et donc le rêve américain. Tout est donc sombre, négatif, sans futur. Il n'y a aucun espoir de rédemption, et ce jusqu'à la fin ; l'affrontement final de Plainview et Sunday, qui fait ressortir le pire des deux personnages, est une sorte d'apothéose dans l'horreur de l'Humain. Dans tous les cas, Daniel Plainview et sa dernière phrase, « I'm finished », auront du mal à nous quitter.
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Publié
le 01/03/2008 par Marie-Ambre Devanlay
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| Verdict |
There Will Be Blood est un film aride et grinçant sur un personnage qui laisse sourdre petit à petit sa haine des hommes. Paul Thomas Anderson, d'une main de maitre, filme un Daniel Day-Lewis excellent. |
9/10
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