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Critique : Une aventure |
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Après Les corps impatients, Xavier Giannoli revient avec un second film intimiste : Une aventure, avec Nicolas Duvauchelle et Ludivine Sagnier.
Il y suit la rencontre entre deux oiseaux de nuit, deux personnages dont le caractère change lorsque la plupart des personnes dorment. Julien travaille dans une vidéothèque en tant que technicien. Méticuleux, il semble aimer son travail et profite des pauses que lui accordent les problèmes techniques pour regarder des films. Il ne paraît plus penser à Cécile, la fille avec qui il sort depuis toujours et avec qui il vient d’emménager. En revenant de son travail, il croise une jeune femme en robe légère et pieds nus sous la pluie. Il est alors envoûté par cette allure de proie apeurée mêlée au charme naturel de Ludivine Sagnier. Il ira même jusqu’à la suivre dans ses étranges balades nocturnes pour finir par découvrir l’explication à cela. Gabrielle est en effet somnambule. Le jour, elle est une jeune femme oisive entretenue par un homme qui n’est là que la moitié du temps. Cette opposition entre le jour et la nuit dans le scénario est retranscrite dans la forme du film, notamment au niveau de la bande-son avec une ambiance musicale troublante comportant notamment des bruits proches des fonds marins. Comme si les protagonistes vivaient dans un monde à part la nuit tombée.
Cette impression est renforcée par la forme du récit. Débutant par quelques images du dénouement suivies d’un flash-back nous ramenant au début chronologique de l’histoire, le réalisateur s’appuie sur la voix de Cécile, jouée par Florence Loiret-Caille, pour nous narrer les évènements. Cette voix-off discrète lors des rares moments où elle est présente, est donc jouée par un personnage secondaire, proche d’un témoin extérieur. Cela ne fait que rajouter à l’impression que l’on ne pourra définitivement pas comprendre Julien et Gabrielle, et que l’on restera nous aussi un témoin extérieur de cette rencontre. Soyons donc alors simple spectateur de ce récit intimiste. Pour augmenter la complicité avec ce couple nocturne, Xavier Giannoli opte pour une réalisation très épurée. Sa caméra DV filme principalement ses personnages en plan rapproché. Le jeu d’acteur ne dénote pas avec ce ton. Ludivine Sagnier et Nicolas Duvauchelle nous font croire à leur déambulation nocturne. Les scènes de dialogue sont en prise directe même si le réalisateur préfère toutefois les non-dits. Les crises de somnambulisme font que Gabrielle ne parle pas pendant plusieurs scènes. Julien écourte ses phrases et la plupart des films qu’il regarde sont muets. Cet unisson des deux qui se trouvent la nuit donne de très belles scènes sans une ligne de dialogue, où il la suit, la regarde et ne dit mot.
Ces moments forts dans le film sont rompus lorsque le soleil se lève, lorsque les autres personnages se réveillent et se dressent en travers du chemin de Julien et Gabrielle : Cécile et Louis, avec qui ils composent de vrais couples le jour, et puis Djemila, amie et domestique qui « parle trop » en ne faisant que rompre le silence qui unissait les deux. Intrigué par la somnambule, on l’est tout autant lorsqu’elle est une jeune femme oisive. Même sans le comprendre complètement, on ressent les mêmes choses que Julien. On est envoûté par elle, on essaie de comprendre son passé, son présent. On y arrive petit à petit, au rythme lent du film, au rythme des découvertes du jeune homme. Plus on se rend compte que les personnages sont aussi bien perdus la nuit que le jour, plus on est séduit par ce film.
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Publié
le 06/09/2005 par Yannick Gallepie
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| Verdict |
Le récit intimiste de Xavier Giannoli intrigue et envoûte le spectateur dans une déambulation nocturne qui se prolonge après le levé du soleil. |
7/10
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