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Critique : La Famille Savage |
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Philip Seymour Hoffman et Laura Linney, tous les deux enthousiasmants dans un film à la hauteur de ses interprètes.
Dix ans ont passé depuis le premier film de Tamara Jenkins, Les taudis de Beverly Hills, film assez méconnu pour ne pas dire tout à fait. La Famille Savage devrait réparer cette injustice et imposer le regard et l'univers d'une scénariste/réalisatrice de talent. Au premier abord, on pouvait craindre le pire de ce film qui traite à la fois des liens fraternels mais aussi de la maladie, de la vieillesse ou de la mort. Tamara Jenkins s'en sort pourtant sans pathos aucun, privilégiant le rire aux larmes, la tendresse au sordide. Petit résumé donc pour mieux comprendre le pourquoi du comment mais ne vous inquiétez pas à la lecture ce dernier, La Famille Savage n'est absolument pas glauque.
Jon et Wendy Savage sont frère et sœur mais ne se ressemblent pas. Jon (limite dépressif) tient des conférences sur Brecht et publie des essais. Rien ne semble le toucher, ni le départ de sa petite amie, ni le sort de sa famille. Wendy, quant à elle, n'a pas plus de chance coté cœur (son amant est un homme marié) et professionnellement (elle tente d'éditer ses écrits avec insuccès). Tout va basculer le jour ou leur père qu'ils n'ont pas vu depuis des années (et pour cause : il est responsable de véritables traumas d'enfance chez Jon comme chez Wendy) va commencer à perdre la tête (il écrit sur le mur des toilettes avec ses propres excréments, signe de démence sénile indiscutable !). Le frère et la sœur vont donc s'unir dans l'adversité afin de trouver une maison de retraite pour ce père indigne.
Tamara Jenkins n'est pas tendre avec ses personnages. Elle en révèle les fêlures et les faiblesses pour que nous, simples spectateurs que nous sommes, puissions nous reconnaître sur l'écran. Pas de super-héros ici, juste des êtres humains qui tendent vers nous le reflet de notre propre banalité. Banalité qui n'en pas vraiment une car bien que nous ayons chacun nos préoccupations, nous sommes tous des Hommes. Ce qui manifestement intéresse Tamara Jenkins, c'est de nous faire aimer ses personnages pas forcément sympathiques à première vue (en effet, chez les Savage, l'égocentrisme semble être de rigueur).
Partant de sujets graves dont tout un chacun n'a pas forcément envie d'entendre parler, la réalisatrice réussit le coup de force de brosser une comédie drolatique, caustique mais touchante dans laquelle les rires remplacent les larmes, le cocasse et la maladresse des protagonistes devenant à la fois irrésistibles et extrêmement émouvants. Tout en finesse et avec un tact d'une douceur infinie, Tamara Jenkins n'évite pas la réflexion tout en réalisant un divertissement dont on sort un peu plus heureux qu'à son entrée dans la salle. C'est carrément déconcertant ! De plus, la réalisation a la modestie de s'effacer devant ses multiples sujets et surtout ses acteurs qui dessinent des personnages incroyablement humains.
Laura Linney est déjà en lice pour les Oscars tandis que Philip Seymour Hoffman est davantage qu' « égal à lui-même » : assurément leurs plus beaux rôles dans des carrières cinématographiques et théâtrales déjà bien chargées. N'oublions pas de citer Philip Bosco qui joue avec une assurance inouïe le père Savage. Froid puis attachant, ce grand comédien de théâtre américain prouve que faire une carrière de seconds rôles au cinéma n'est en aucun point une chose péjorative.
Assez loin du triste mais néanmoins très bon Loin d'elle de Sarah Polley qui, il y a quelques mois, montrait Julie Christie atteinte de la maladie d'Alzheimer, proche de certaines comédies de Woody Allen, La Famille Savage est résolument un film unique dans le cinéma indépendant américain. Tamara Jenkins tout en offrant des rôles magnifiques à ses comédiens, s'impose comme un metteur en scène avec lequel il faudra désormais compter. Son film est non seulement poignant mais aussi salutaire, d'une sincérité touchante tout en restant d'un réalisme bienvenu.
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Publié
le 25/02/2008 par Christophe Hachez
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| Verdict |
Tamara Jenkins nous touche en plein cœur avec cette famille Savage, bel objet de réflexion et de divertissement avec des acteurs au sommet de leur art. |
8/10
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