Critique : Passion

Critique : Passion

Mohamed Malas n’est pas un metteur en scène facile. Très pointilleux sur la forme et le fond de ce qu’il raconte, il nous a habitués à un rythme de travail très lent (4 films en 20 ans dont le superbe La ville en 1992). C’est d’ailleurs en voyant ce film que la productrice française Fabienne Servan Schreiber a décidé de travailler avec lui. Six ans après sa dernière réalisation (A la recherche d’Aida) et grâce à l’appui d’une co-production franco-arabe, Malas signe un très beau film, un réquisitoire contre le machisme en Syrie, qui, par sa démonstration édifiante et sa très belle mise en scène, en fait un film superbe.


Imane, jeune mère au foyer, élève à la fois ses enfants et la fille de son frère, détenu politique. Elle a un mari qui l’aime, Adnan, qui, pour des raisons financières est à la fois fonctionnaire, mais aussi chauffeur de taxi pour assurer un rythme de vie correcte à sa femme et ses enfants. Ils vivent dans la seconde ville de Syrie, Alep, connue pour sa citadelle et son amour de la musique. Mariée depuis 10 ans, Imane tente d’échapper à sa vie quotidienne grâce à son amour pour Oum Kalsoum, qui fut l’ambassadrice de la chanson arabe dans de nombreux pays. Alors, pour combler le manque de son mari, elle chante, pour elle tout d’abord, mais aussi pour le bonheur des autres qui aiment à l’écouter. Néanmoins, son oncle ne l’entend pas de cette oreille et si les chants d’Imane se font plus intenses et plus réguliers, c’est forcément, dans son esprit perturbé par les valeurs morales d’une société malade, parce qu’elle a un amant. Et, pour lui, mieux vaut tuer l’objet du déshonneur plutôt que celui-ci ne retombe sur la famille entière de la jeune femme.

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C’est en lisant un fait divers publié dans un journal syrien en septembre 2001, que Mohamed Malas a décidé de traiter du sujet de l’intolérance et de la sclérose présentes dans son pays. Il a ramené la tuerie à septembre 2000, jour ou s’effectua un changement politique important dans le pays, c’est-à- dire la mort du président syrien Afed El Assad et son remplacement par le fils de ce dernier qui eurent pour effet de soulever de nombreuses manifestations afin d’obtenir de nouvelles réformes mieux adaptés au besoin du travailleur. On ne s’y trompera pas, ce surplus politique n’est là que pour mettre en relief le malaise d’une société en décomposition. Imane, victime sacrifiée de l’emprise des hommes dans un monde où la femme ne peut exister uniquement dans le silence, est bien la seule héroïne d’un pays en proie à la névrose des hommes.

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La mise en scène de Mohamed Malas, pleine d’allégorie, est exactement ce qu’il fallait pour traiter de ce drame familial en territoire étranger. Bien sûr, on pourra reprocher au réalisateur de se perdre quelquefois dans la narration du destin tragique d’Imane tandis que le côté « suspens psychologique » ne plaira pas à tout le monde. Non sans naïveté mais avec passion, Malas dépeint néanmoins l’intégrisme avec talent, par paliers successifs, avant d’en arriver à son stupéfiant dénouement. La vie du point de vue d’Imane, tout d’abord, nous fait pénétrer dans son intimité (sa vie à la maison, ses démarches successives auprès d’un marchand de cassette du souk à la recherche de chansons d’Oum kalsoum) et nous attache à la principale protagoniste du film. Puis c’est au tour des intrigants et aux riches commerçants, voués au culte de leur impériale puissance, de nous montrer leur façon de fonctionner psychologiquement, leur horlogerie interne succombant à la panique de perdre le pouvoir. L’oncle nous est ainsi décrit, sans empathie mais également sans pathos, comme un homme d’un autre âge, ancien officier aigri, empli d’arrogance et de mépris vis-à-vis des autres membres de sa famille qu’il entraînera dans sa folie meurtrière.

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L’angoisse monte inexorablement alors que père, frère et cousins s’allient à l’oncle d’Imane, magnifiquement interprété par Naceur Ouerdiani, tout de marbre et de charme glacé. La musique fait monter la tension mais le compositeur Marcel Khalife fait également jouer ses notes sur le thème de l’amour et du plaisir de vivre, mélange de chaud et froid, de doux et aigre, qui n’est pas pour rien dans la beauté du film. Le couple que composent Salwa jamil et Oussama Sayed Oussef ne s’oublie pas devant les conventions du mariage dans les pays arabes et nous réserve une séquence d’amour magnifique pleine de pudeur et de poésie dans laquelle on peut voir Imane susurrer les paroles d’une chanson pour son mari empli de désir pour son épouse. Enfin, même si la fin était programmée depuis le début du film, on reste pétrifié d’angoisse devant tant de froideur et de violence sourde dans la représentation de l’acte criminel d’un homme envers sa nièce. Comme le dit l’un des personnages secondaires à la toute fin du film, personnage possédé par le chant envoûtant d’Imane, « on a tué la chanson ». Aussi, le message de Mohamed Malas est clair, l’intégrisme peut, de nos jours, conduire au crime, à l’insupportable et cela, que le spectateur l’accepte où pas.
 
Publié le 02/09/2005 par Christophe Hachez

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Verdict
Malgré quelques défauts dans la narration, Passion sert avec talent la cause des femmes abandonnées au silence, ce qui en fait avec audace un film indispensable.
8/10

» INFO FILM
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Nom: Passion
Réalisateur(s) :
Mohamed Malas
Acteur(s) :
Naceur Ouerdiani
Oussama Sayed Youssef
Salwa Jamil
Producteur(s) :
Ahmed Baha Eddine Attia
Fabienne Servan Schreiber
Société(s) de production :
Cinétéléfilms
Cineteve
Dunia films
Soread 2M
Scénariste(s) :
Ahmed Baha Eddine Attia
Mohamed Malas
Compositeur(s) :
Marcel Khalife
Genre: Drame
Sortie FR: 10/08/2005
Classification : Tous publics
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