Très largement inspiré du roman de Melville Moby Dick, le film s'intéresse à la singularité du portrait du Capitaine.
Capitaine Achab, second film de
Philippe Ramos, puise son inspiration du théâtre. Les cinq actes qui composent le récit représentent ce qui apparaît selon lui comme les cinq moments cruciaux de la vie du Capitaine. Une fois le rideau levé, il y a donc, comme au théâtre, une mise en situation globale du film. Tous les éléments participatifs au dénouement sont dissimulés dans ce premier acte intitulé Le père. L'acteur qui le joue,
Jean-François Stévenin, a acquis comme l'ensemble des acteurs du film sa réputation grâce à ses performances sur les planches.
Deuxième, troisième, et quatrième actes : le déroulement de l'intrigue, les rebondissements. La forme est sommaire, sans aucun bouleversement temporel, l'histoire suit son cours sans effets flamboyants, sans transcendance non plus. La faute, et c'est un peu toujours le même problème de ces petits films français, revient à un budget très serré qui oblige le réalisateur à retrouver dans la campagne française ce qui fait la particularité des paysages de l'Amérique du Nord. Il a très peu de marge de manœuvre, et cela se ressent à chaque plan. Lorsqu'il capte un élément, il le fige dans un plan fixe qui esquive fils électriques, routes bitumées et autres constructions récentes. Ce qui nous est présenté ressemble à des toiles décoratives qui se suivent les unes après les autres. Aux machines, deux tours de manivelle et on change de décor.
Capitaine Achab, c'est cinq évènements marquants de la vie d'un homme, allant de son enfance à sa mort ; il est interprété par deux uniques comédiens : le jeune
Virgil Leclaire et l'expérimenté
Denis Lavant. Et la rupture est brutale. On quitte un adolescent qui n'a pas encore mué, la peau encore toute fraîche, pour retrouver un capitaine sûr et autoritaire, un homme qui a vécu. Même si les élans fugaces de l'enfant étaient largement visibles : il est épris d'amour pour la maîtresse de son père, il quitte sa tante en simulant un kidnapping, et il refuse à son sauveur de prêtre de réciter la prière à l'église ; le cheminement complet jusqu'à l'age adulte est expédié par une série photographique vieillie à la lampe à pétrole, qui crée une distance incroyable entre chaque segment de film. Il fonctionne de manière autonome, mais le médaillon que le Capitaine serre entre ses poings, seul élément à ne pas succomber à l'épreuve du temps, ne suffit évidemment pas à coordonner l'ensemble : ça manque de colle.
Et la folie dans tous ça ? Pas un brin. C'est du consensuel puritain à l'ancienne, une voie poétique qui croise «
Moby Dick » d'Erman Melville dans l'ultime portion de route de la bobine.
Eric Rohmer définissait le roman comme une œuvre inadaptable, et le film lui donne absolument raison. On félicite le réalisateur pour le traitement qu'il fait subir aux images de cachalots étonnantes du National Geographic, incroyablement assimilables à de l'image de synthèse. On regrette par contre les excès théâtraux des acteurs qui ne manquent parfois d'aucun ridicule, les insupportables erreurs de script (le Pacifique ne borde pas le Massachusetts par exemple) ainsi que l'absence totale de rythme, pas aidé par une bande son inexistante. Un film essayiste français sans prétention, il n’y a pas de quoi… et qui comme le baleinier du Capitaine Achab, finira noyé par le flot cinématographique actuel. Il y a bien mieux à aller voir.