Plutôt mourir pour une cause que vivre pour rien ; Rambo est de retour.
S'il y en a bien un que l'on n'a plus à présenter, c'est bien lui, c'est
John Rambo. Et attention, c'est papy qui fait de la résistance, qui tire sa révérence et qui envoie les
Vin Diesel et compagnie faire une cure au soleil. 20 ans qu'on l'attendait, 20 ans qu'il pèche du poisson sur les rivières vietnamiennes, qu'il s'épuise à aiguiser son couteau. Rambo voulait (ou ne voulait pas) ressortir de son trou pour une noble cause, suffisamment puissante pour qu'il risque sa vie.
Bien que l'action avec un grand A se situe en Birmanie. La Birmanie, c'est le pays où les moines se font tirer dessus par l'armée, et l'idée de voir
John Rambo tirer une balle au fion à ces pourritures de dictateurs de chefaillons en uniforme pouvait mettre en crise une page d'actualité, comme a pu le faire le film
Blood Diamond. Mais quel est au juste cette noble cause qui fait que Rambo se remet à rêver du Vietnam ? Sauver la pauvre population birmane qui traverse un champ de mine comme on joue à la marelle ? Venir en aide à des américains, sûrs de leur force, qui s'enfoncent dans l'une des jungles les plus dangereuses du monde comme on rentre dans une crèche ? Non, John Rambo (
Sylvester Stallone) est peut-être seulement en manque d'amour. C'est pour l'amour que John Rambo reprend les armes, et s'il ne parvient pas à combler ses désirs charnels, peut-être parviendra t-il à récupérer nos faveurs, vos faveurs.
Qu'on se le dise : le film n'est alors pas du tout, mais pas du tout fait pour les couches-culottes. Rambo n'a que faire des petits bleus envoyés par l'armée américaine, et qui piaillent comme des couturières. Rambo est chez lui, et s'il dit de se taire, on se tait. S'il tue, c'est qu'il doit tuer. S'il se tait à la provocation : « T'es un dur à cuire toi ? », c'est qu'il a atteint l'âge de raison où ce n'est plus à lui, mais à vous de juger. John Rambo a perdu toute sociabilité, mais pas sa dévotion catholique. Sa solitude lui a fait perdre tout sens du dialogue, et si ça fonctionne plutôt bien (après tout, pourquoi pas), il est bien difficile d'approfondir un scénario où le héros est muet. Muet avant de devenir sourd.
Enfin, on y arrive à cette horreur annoncée par les premiers plans : quand Papy Rambo réapparaît de nulle part avec son arc et ses flèches, il montre qui c'est le patron et provoque l'hystérie générale. Le cinéma se transforme en arène, et le gladiateur Sylvestre est acclamé. L'horreur l'outrepasse, grâce à un métal d'acier forgé dans un atelier de métallurgie, il la rend au centuple. Il s'entretient au coup de burin, signe de la boucherie annoncée, le papy ne lésine plus du tout sur la gâchette (loin s'en faut). Il défie Guillaume Tell avec son arc, écrase
Javier Bardem à celui qui égorgera le plus vite, et découpe, cisaille… un carnage. Rambo est une démonstration de force et de puissance renforcée à coups de grands effets qui dépassent l'abus. Avec sa bombe atomique de poche, il est plus fort que James Bond. Avec ses yeux, il peut voir loin très loin dans la dense forêt et anéantir, avec sa sulfateuse qui se recharge jamais, un navire cinq kilomètres au Sud, un camion de soldat deux kilomètres au Nord-Ouest. Il avait même pensé à la boussole.
Une boucherie ;
John Rambo est une boucherie sans nom où l'on ne compte plus le nombre de morts à la seconde, ni le nombre de bastos dégainées dans tout ce bordel. Bon, mais dans tout cette zone surenchérie d'explosion, fini la olà et vive les acouphènes. Nous, on est devenu sourd, on a assisté à une boucherie et on a bizarrement beaucoup rit. Stallone voulait montrer au public que Rambo n’est pas mort, c’est chose faite. Bourré de clichés, fourré d’explosions, John Rambo est juste une grosse BOUCHERIE totalement assumée. Divertissant, souvent drôle ; pas un grand film, mais un très bon nanar, à prendre au second degré.