Une adolescente enceinte décide de finir sa grossesse, pour offrir le bébé au couple infertile idéal.
Deuxième film de Jason Reitman après Thank you for smoking applaudi aux festivals de Sundance et Toronto, Juno est une comédie américaine au budget minime, une espèce de film d'auteur commandé par la Fox, probablement financé par Sunny Delight. Juno va à l'encontre des films comiques américains du moment (En cloque, mode d'emploi, Evan tout-puissant,…) en évitant de se ridiculiser dans l'humour potache et en oubliant les effets spéciaux à visée comique.
Juno, adolescente de 16 ans s'ennuie ; elle propose alors à son meilleur ami une initiation au sexe. Aussitôt dit, aussitôt fait, mais la petite impertinente survoltée se retrouve malheureusement enceinte. Celle qui décidément ne fait rien comme tout le monde choisit de ne pas se faire avorter, et décide d'offrir l'enfant au couple infertile idéal : les bobos du coin. Le scénario, sobre, devient un véritable tapis rouge déroulé aux pieds d'Ellen Page et de son entourage pour des dialogues à l'huile piquante. La scénariste Diablo Coby, ex strip-teaseuse, pond une galerie de personnages drôles et archétypaux : une bourgeoise sainte nitouche, une pom-pom girl très stupide amoureuse du prof de mathématique, un garçon timido-mystiquo-strango-loufoque, un père heureux de retomber dans l'adolescence, une belle-mère super, un rocker génial... l'entourage de Juno sort tout droit du pays des Bisounours.
Juno offre une impression étrange d'avoir au cinéma ce qui aurait très bien pu être l'épisode pilote d'une série télévisée. Il y a bien quelques effets de réalisation, mais déjà largement vus et revus. Ils tombent, du reste, comme un cheveux sur la soupe, le reste du film étant en complet décalage avec ce type de figures (travelling étrange, mais où est donc passé Jim Jarmush ?). Le contraste est évident ; malgré les nombreuses références cinéphiliques recensées dans le script, l'esthétique est dans la lignée des séries télévisées du type 7 à la maison, ou encore celles de KD2A. Un quartier résidentiel peuplé d'habitants qui doivent s'inventer des problèmes pour apprécier l'aventure d'une vie mouvementée : pour un peu, on croiserait le prince de Bel Air au détour d'une rue. La petite Juno fait partie de ce monde, et dans cet épisode à rallonge son but est simple : trouver les parents idéaux à son enfant, entre comédie grecque et diverses leçons de philosophie : ‘Non mais je suis pas d'accord, Scorpions c'est mieux que Led Zeppelin'.
Parfois drôle et cocasse, le comique des scènes tient surtout au ton employé par la jeune fille sans complexe : elle réagit et réplique à l'instinct, sans demi mesure. La toute jeune Ellen Page campe son personnage à merveille pour la transformer en dose fraîcheur du film. Quelques sourires donc, pour un film qui ressemble pas mal à une série télévisée américaine des années 1990 : peu de moyens, peu de rebondissements, peu de plans extérieurs, une histoire de famille sans franche conséquences, pour un film sans conséquences. Assez pour en faire un oscarisable ? Apparemment.
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