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Critique : Cortex |
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Après Le Convoyeur, polar nihiliste, et une collaboration hollywoodienne à la genèse de Silent Hill, Nicolas Boukhrief s'attelle au thriller ambiant avec Cortex.
« Un flic retraité, à la mémoire défaillante, intègre une maison de repos spécialisée et commence à suspecter des crimes dans l'établissement… ». Tel est le périlleux pitch de la nouvelle œuvre du co-fondateur de la mythique revue Starfix. Le type même de pitch dont on doute fortement qu'il ne puisse déboucher sur autre chose que sur un piteux suspense neurasthénique dont la seule originalité reposerait sur ce postulat improbable sonnant comme une fausse bonne idée. Il n'en est cependant rien puisque Nicolas Boukhrief en tire un film intègre et captivant doublée d'une petite leçon de cinéma de genre.
Pour cela, il exploite avec un certain brio chaque composante de ce Cortex. Tout d'abord, la pierre angulaire de l'œuvre qu'est le scénario. D'une structure lointainement proche de son précédent opus, Le Convoyeur, soit la quête de vérité énigmatique d'un personnage singulier et mutique au sein d'un environnement anti-cinégénique (hier les convoyeurs de fonds, aujourd'hui les patients et le personnel d'une maison de repos), nait les diverses ramifications d'un récit ambivalent. Le parti-pris du thriller permet premièrement d'aborder la maladie d'Alzheimer, thème douloureux et peu excitant s'il en est, de façon ludique et implicative comme seul le cinéma de genre le permet. Dans un second temps s'offre la possibilité du tableau social dont la matière première sera les occupants du centre et leur quotidien (soins, relations humaines, rapports hiérarchiques…). Puis les paraboles se mettent en place, la clinique s'apparentant à l'agrégat entre un centre hospitalier, une prison et une maternelle où se développe la totale infantilisation des patients, qui redécouvrenet sans barrières morales leurs pulsions primales et instinctives (sexe, colère, ébahissement…), et nous font alors partager leurs états. Cette richesse thématique dans le cadre d'un suspense permet ainsi d'éviter le didactisme plombant d'un classique film d'auteur.
Le récit se doit alors de prendre corps à travers ses personnages et leurs interprètes. Fidèlement à l'essence du genre investi, une riche palette de protagonistes nous est offerte en répondant à la règle tacite de la caractérisation par le physique. Ainsi, chacun d'entre eux extériorise ses traits de caractère par son aspect, du flic retraité fébrile (André Dussollier amaigri de 20 kg pour l'occasion), aux infirmières (bonhomme, mesquine ou gentille), jusqu'au fils en retrait (Julien Boisselier) ou au reste des patients, parmi lesquels figurent d'autres habitués du réalisateur (Gilles Gaston-Dreyfus, Philippe Laudenbach). En résulte un casting impeccable et parfaitement défini, au service de l'intrigue, à l'image de ce qu'avait déjà réalisé Marc Caro dans son très bon Dante 01.
Déjà doté d'une intrigue forte et servi par d'excellents acteurs, Cortex bénéficie d'une mise en scène intelligente le faisant passer du simple polar efficace ou thriller ambiant. Procédant à l'économie (prédominance de travellings et de mouvements simples), ne cédant pas aux artifices actuels, Nicolas Boukhrief perpétue un certain classicisme hitchcockien, toute proportion gardée. Jouant d'abord sur les ficelles du genre, il travaille ensuite progressivement les temporalités, les ambiances entre le jour et la nuit, les répétitions, diverge les points de vue entre patients et soignants afin de faire progressivement ressentir le décalage et la perte de repère de ce flic retraité menant l'enquête au rythme de sa mémoire défaillante et elliptique. Pour cela, il s'aide du très bon score de Nicolas Baby (bassiste cofondateur du groupe FFF), nourrissant chaque ambiance. Et ce, sans jamais nuire à la tension de l'intrigue, implacable et captivante, en s'égarant dans des chemins de traverse trop réflexifs. Au final, cette démarche intègre et réfléchie engendre une œuvre à vocation populaire aux confluences du film de genre et du film d'auteur. Seul petit bémol, une fin un peu maline sur laquelle l'on trouvera peut-être à chipoter … quoique, même pas.
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Publié
le 27/01/2008 par Steve Gallepie
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| Verdict |
Pour sa quatrième réalisation, Nicolas Boukhrief confirme et signe avec Cortex un petit coup de maître. |
8/10
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