Petit film d'auteur allemand, une romance poétique entre viols et scarification consacrant une jolie paire d'acteurs.
La notion de libre arbitre désigne le pouvoir de choisir de façon absolue, c'est-à-dire d'être à l'origine de ses actes. Le libre arbitre suppose un certain contrôle de la part de l'agent : contrôle sur ses actions mais aussi sur les pensées et les émotions à partir desquelles il va se décider d'agir - contrôle qui suppose aussi la capacité de s'abstenir. Choisir, s'abstenir, s'accepter ou non, c'est tout ce que traite
Le Libre Arbitre de
Matthias Glasner. Mais on pourrait affirmer que dans tout film s'exprime ainsi le libre arbitre, à partir du moment où tel personnage a telle décision à prendre face à un choix, de Shrek à Jack Bauer.
Pourquoi alors, dans ce drame romantique, le libre arbitre prend-il le pas sur la romance elle-même, et en devient-il le sujet premier ? Mise en Situation : Theo commet un viol sur une plage. Découvert et incarcéré dans un centre psychiatrique, il y reste neuf ans. Gravissant les échelons un à un, il reprend contact avec le monde extérieur jusqu'à ce qu'il soit prêt à l'affronter. Il intègre alors une cellule de réinsertion, recherche un travail, une relation…enfin ce qui fait la vie, ni plus ni moins.
Horrifié par la gente féminine, on sent un homme responsable, mais conscient de lui-même et de ce qu'il a pu provoquer. Dans le métro, à un arrêt de bus, au restaurant, partout où il est en présence d'une femme, il y a une véritable tension qui se crée, bien aidée par un très bon jeu d'acteur. Regard troublé, il affiche aussi un stress constant, mesurable sur son visage où dans ces attitudes. Contrôle toi, contrôle toi mon brave, c'est derrière toi tout ça. Ouf, sauvé, celle-ci s'en va. Il se dit guérit, il a maintenant des amis sur qui compter, des numéros de téléphone à appeler, et des films porno pour évacuer. Le premier pas est franchi, Théo maîtrise ses pensées, ses émotions, et gouverne ses actions à la recherche du bien.
Deuxième étape : aborder une fille et construire une histoire … loin d'être chose aisée. Qui ne tente rien n'a rien, son véritable problème, c'est plus de tenter le diable ou de ne pas prévenir une mauvaise action. Il avance sur des œufs, n'y arrive pas tout de suite et puis l'espoir semble surgir. Va-y mon garçon, là ça y est, tu vas enfin surpasser tes démons. Le plus dur, étant sans doute la mémoire de son passé, il préfère l'éclipser, le lui cacher aussi. Elle n'a pas été franchement plus gâtée, maltraitée psychologiquement par son père, et cet étrange couple, sans franche discussion, sans grande joie de vivre continue de sillonner l'Europe. Accompagné par de long moment d'attente, de jeu de cache-cache au ralenti sans franchement de sens, le film peut lasser…trois heures c'est long, surtout quand il ne se passe pas forcement grand' chose, mais enfin, laissons l'amour s'installer.
Chassez le naturel, il revient au galop. Triste destinée. Une soirée bien arrosée, un pot de départ, un rendez-vous dans un bar et voilà Nettie (elle), absente, qui laisse le monotone Théo broyer du noir. Nouveaux sévices sexuels, elle a fait un choix, sa vengeance en est un autre ; et, conscient de sa non réhabilitation parmi la société, il prend le taureau par les cornes, s'efface. Histoire d'amour aux accents de Je t'Aime, Moi non Plus, c'est maintenant à Nettie de courir, de courir pour tout abandonner. Son travail, son pays, son mari…celui qui avait entrepris une fable amoureuse emplie de poésie dresse aussi un terrible constat, et d'actualité, sur le viol, les violeurs, et leur « guérison ».
Matthias Glasner montre, ne juge jamais, et rétablit la morale en ne quittant pas ce qui l'a intéressé. Le refus de soi peut-il être une forme de libération ? Malgré des longueurs évidentes, ce film sournois déboussole, et convainc. C’est sous le signe de l’étrange que le réalisateur raconte cette poésie amoureuse, triste parfois, glauque plus souvent. Il pointe aussi un des sujets du moment, qu’il baigne dans un intelligent concept philosophique.