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Critique : Frontière(s) |
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Le cinéma de genre à la française se cherche sérieusement ces derniers temps avec toute une bardée de sorties plus ou moins heureuses. Et ce Frontière(s), que vaut-il ?
Repoussé sans cesse par EuropaCorp qui a préféré sortir son second film, Hitman, en premier, le film d'horreur de Xavier Gens arrive enfin sur les écrans français avec une promotion tapageuse et une affiche racoleuse qui clame « ce film accumule des scènes de boucheries particulièrement réalistes et éprouvantes » afin de rameuter le fan de sensations fortes. Certes, le film comporte quelques scènes assez violentes mais les amateurs de cinéma gore en auront vu d'autres et pesteront contre une promotion un brin surfaite. Le postulat de base est simple : Quatre jeunes banlieusards commettent un braquage pendant des émeutes et fuient en direction de la frontière luxembourgeoise, lieu où ils vont tomber nez à nez avec des tenanciers d'hôtel nazis et cannibales.
Vous l'avez compris, le scénario ne sera pas le point fort de Frontière(s) et ne cherche d'ailleurs pas à l'être, le film étant clairement influencé par les films d'horreur des années 70, Massacre à la tronconneuse en tête , le film de Tobe Hooper ayant grandement influencé semble-t-il Xavier Gens qui reprend le principe de la famille barge décimeuse de badauds avec fiston boucher. Le film pioche également assez allégrement dans ce qui se fait de classique ou de prévisible dans le genre en y introduisant une personne plus gentille que les autres et en usant lors d'une séquence très réussie – peut-être la meilleure au niveau de l'angoisse pure – du procédé de « caméra amateur » décidément très en vogue sur les écrans (Cloverfield, REC, Diary of the dead). Sur une histoire qui utilise comme alibi la dénonciation de l'extrémisme, avec le personnage du patriarche à l'accent allemand très surfait, sans vraiment être pertinent, Xavier Gens mise beaucoup sur le rythme et sur les images pour captiver son public, et bien lui en prend.
En effet, sur une trame narrative trop classique donc finalement assez décevante et sans réelle surprise, le réalisateur fait preuve d'un sens du rythme aiguisé qui ne laisse pas le temps au spectateur de reprendre son souffle. Et il faut reconnaître que le piège est plutôt bien tendu, proposant une descente aux enfers tout de même assez prenante tant la galerie de monstres présentés ici sont grotesques et donc grandement détestables dans leurs comportements et leurs agissements. Avec un petit budget (1,5 millions d'euros), Xavier Gens fait preuve d'une générosité et d'une énergie qu'on ne peut pas nier et qui fait assez plaisir à voir. On s'attache à nous jeunes et malheureux héros plutôt bien interprétés, et en particulier à Karina Testa, héritant du rôle le plus important avec une grande conviction, glissant jusqu'au fin fond de la rage et du désespoir avec un réel talent, et à Maud Forget, parfaite en victime immobile et complice malgré elle.
On regrettera tout de même la propension du film à en faire un peu trop. Tout d'abord dans la galerie de personnages secondaires où Samuel Le Bihan gesticule et aboie en vain (on est loin de la performance de Vincent Cassel dans Sheitan) et Estelle Lefebure tente de casser son image proprette sans être très crédible. Mais aussi dans la réalisation maladroite d'un premier film qui succombe à certains ralentis lourdauds (on ne compte plus le nombre de plans où Karina Testa gigote dans tous les sens, jusqu'à en effacer son effet initial) et à l'utilisation abusive d'un musique envahissante qui donne du rythme au film là ou l'on perd en angoisse. Le film en l'état se laisse alors suivre comme un agréable tour de grand huit plutôt efficace mais qui est loin de renouveler ou transcender le genre.
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Publié
le 23/01/2008 par Cyril Perraudat
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| Verdict |
Avec un petit budget, Xavier Gens compense un réel manque d’originalité et de pertinence dans son propos par un sens du rythme aiguisé qui happe le spectateur au cœur de l’enfer vécu par les héros, parmi lesquels on retiendra la prestation de la prometteuse Karina Testa. |
6/10
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