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Critique : Peindre ou faire l'amour |
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Au départ de ce film se trouvent deux réalisateurs, la quarantaine, nés à Lourdes dans Les Hautes-Pyrénées. Ils sont frères. On les appelle les Larrieu. Arnaud s’occupe de la direction d’acteurs, Jean-Marie du cadre cinématographique.
Leur premier long-métrage, La brèche de Roland, avait eu l’honneur de la quinzaine des réalisateurs. Le second, Un homme, un vrai, nous avait enchanté grâce, en particulier, à son casting : Hélène Fillières et Mathieu Amalric. Leur troisième film, Peindre ou faire l’amour, a été en compétition au dernier festival de Cannes et a participé aux Rencontres Internationales de Cinéma à Paris. Dans les deux cas, il n’a rien obtenu. Et pourtant…
William et Madeleine forment un couple de quinquagénaire comme les autres. La préretraite de l’un pèse lourdement sur un futur désabusé tandis que l’autre passe son temps à peindre des natures mortes. Alors qu’elle est en train de reconstituer un paysage du Vercors, elle fait la rencontre d’Adam, homme aveugle et charismatique, maire du village voisin. Il lui fait visiter une maison située sur le terrain près de la forêt. A son retour, Madeleine rejoint son mari et ses invités, la quarantaine bien passée, personnages embourgeoisés dans leurs conventions. Le lendemain c’est au tour de William de découvrir la maison. Il est catégorique, cette maison est faite pour eux. Mais, en achetant la maison, ils se rapprochent d’une nouvelle vie qui sera orchestrée par Adam et sa femme, Eva.
N’ayant pu tourner, comme à l’accoutumée, dans les Pyrénées pour des raisons économiques, les frères Larrieu ont choisi le Jura comme décor pour voir évoluer les destinées sentimentales de ce couple, à priori, pas très aguichant. Néanmoins, le couple va vite devenir quatuor… Ainsi, les binômes William/Madeleine et Adam/Eva vont vite se confondre dans l’attachement, l’amour et le sexe. Mais le sexe n’est pas triste chez les frères Larrieu, bien au contraire. Au lieu de passer leur « dernière ligne droite » dans l’ennui et l’affliction de la proche cinquantaine, Madeleine et Eva vont trouver matière à se renouveler dans la renaissance d’un hédonisme serein et partagé. En un mot, ils vont se redécouvrir eux-mêmes dans le plaisir à quatre, plaisir qui leur fera tout d’abord peur.
Comme les films de Renoir, Peindre ou faire l’amour trouve son accomplissement dans le désir charnel et l’acuité des sens, ce qui nous est démontré dans une scène de noir total devant laquelle le spectateur doit faire appel à son ouïe et à son imagination pour ressentir réellement les éléments qui enrobent le film. C’est une invitation au plaisir, au désir, dans une époque où les jeunes soixante-huitards d’hier n’ont guère plus accès aux fantaisies d’antan. Dans l’univers d’une utopie réalisable, thème cher au courant actuel des cinéastes dits du « sud-ouest » en particulier Alain Guiraudie, la chair est gaie ici, et si Madeleine et William succombent au couple Adam/Eva, ce n’est pas un péché, bien au contraire. Le film nous dit toute la liberté que les gens peuvent s’accorder et ceci, quelque soit leur âge et leur sexe. En ce sens, le film des Larrieu est unique et universel.
Bien sûr, le film n’est pas exempt de défauts. Le début trop théâtral et les premières scènes en clair-obscur peuvent rebuter le spectateur. Le couple formé par Sergi Lopez et l’admirable Amira Casar (qu’on peut également voir en ce moment dans La cloche a Sonné) est plus crédible que celui de Sabine Azéma et Daniel Auteuil. Mais on passera sous silence ces défaillances qui tendent à disparaître au milieu d’un film qui, peint comme une œuvre d’art, peut, tout comme cette dernière, être vu à chaque fois d’un œil différent.
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Publié
le 30/08/2005 par Christophe Hachez
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| Verdict |
C’est vrai, on adhère ou pas au dernier film des frères Larrieu. Aussi, il est possible d’être gêné voir choqué par cette ode à la liberté sexuelle qui ne tombe pourtant jamais dans l’excès et la grossièreté. Une chose est sûre, le cinéphile averti ne manquera pas de se dire que Peindre ou faire l’amour est du vrai, du beau cinéma. |
8/10
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