Le dernier film de Tim Burton : une comédie musicale sanglante avec Johnny Depp et Helena Bonham Carter.
On est habitué à l'univers fantastique un peu déjanté de
Tim Burton. Depuis
BeetleJuice jusqu'au plus récent
Charlie et la chocolaterie, il construit dans ses films des mondes oniriques où tout devient possible. La légende du sanguinaire barbier de Sweeney Todd était donc faite pour lui, et cette réadaptation de la comédie musicale, un des plus grands classiques de Broadway, ne pouvait être qu'une réussite.
Sweeney Todd revient à Londres. Quinze ans auparavant, le juge Turpin le fit emprisonner pour épouser sa femme et s'accaparer sa fille. Son unique but : se venger ; reprenant ses rasoirs et sa mousse à raser, il s'installe dans son ancienne boutique, devenue le grenier d'une boulangerie infâme, où seules les larves osent goûter les tartes aux myrtilles. Résolument sous l'unique signe de la vengeance, le film n'entrevoit rarement d'autre espérance. Sweeney doit se refaire une clientèle aussitôt assassinée, il doit tuer l'homme qui l'a envoyé croupir en prison, il doit retrouver sa femme et récupérer sa fille. Voilà pour le speach, simple mais, qui du fait laisse tout loisir à
Tim Burton d'expérimenter.
La bande-originale est fracassante, si bien que le choc est rude de premier abord.
Johnny Depp s'improvise chanteur, on était prévenu, mais encore faut il le voir pour le croire. Et malgré un véritable effort sur l'écriture du scénario, notamment des numéros chantés, les premiers morceaux ne sont guère convaincants…ils cassent d'emblée le rythme du film, et brutalisent le spectateur. Il faut toute la délicatesse d'un
Tim Burton pour faire monter la mayonnaise le temps qu'il faudra, chose qu'il se délecte à faire durer. Ce n'est qu'alors que le film trouve ses réponses dans la musique : elle se suffit à elle-même pour orchestrer le spectacle sanglant offert par Burton. Elle est imposée par le poids de ses violons, la puissance de ses cuivres et l'on jouit de la magie de la partition à en oublier l'intrigue, légère et saupoudrée d'une fine cuillère de quiproquos.
L'art de traiter du lourd avec légèreté.
Parce que Sweeney Todd, le barbier diabolique de Fleet Street, pourrait être un de ces film gore, qui fait gicler le sang jusqu'à plus soif, où chassant l'horreur, les litres de sang noient la bobine dans les abîmes du grotesque. Ainsi, tout en exploitant des éléments qui ont fait la renommée des
Brain Dead et compagnie,
Tim Burton ne s'enlise jamais dans la sauce Ketchup. Au contraire, elle s'acclimate parfaitement à l'univers décapant qu'il a su recréer du Londres fin XIXème. Un décor qui minimise l'exploitation d'effets spéciaux pour qu'apparaissent comme réalistes les scènes de rues, et en première ligne, le duel de rasage de barbe entre
Johnny Depp et
Sacha Baron Cohen (Borat).
Sweeney Todd, le barbier diabolique de Fleet Street est donc ce que l'on attendait de lui. Une franche réussite alliant comédie musicale et film gore, avec une justesse implacable ; jamais étouffant, jamais ringard, certainement une des œuvres essentielles de
Tim Burton. Un film qui venge l'incompris Edward (celui avec les ciseaux), qui dépasse l'esthétique
Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête, forgé dans le plus pur univers Burtonien. Le visionnaire Tim Burton nous offre une nouvelle fois de sa magie. Grâce à des acteurs qu’il connaît par cœur, une beauté plastique indéniable, une partition musicale magistrale et ce qu’il faut de sang pour totalement adhérer à la légende ; le film est une franche réussite.