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Critique : Reviens-moi |
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Après Orgueil et Préjugés, Joe Wright s'attaque à un nouveau roman anglais : Atonement, ou le poids d'une faute aux conséquences terribles.
Reviens-moi : terrible traduction pour un film sur la rédemption et l'expiation (comme le dit si bien le titre anglais, Atonement). Jeune amour séparé, guerre : on craint presque une redite de Retour à Cold Mountain. Qu'on se rassure bien vite : le second film de Joe Wright, qui nous a livré il y a deux ans une mise en images plus qu'honorable d'Orgueils et Préjugés, a de réelles qualités. S'attaquant ici à l'un des livres anglais les plus acclamés de ces dernières années, il parvient plutôt bien à surmonter toutes les difficultés du roman : différences de voix et de points de vue, retours en arrière, force des sentiments décrits mais rarement exprimés de vive voix. Le scénariste et le réalisateur ont dû transposer à l'écran l'intériorité des sentiments, tout en parvenant à ne jamais tomber dans le larmoyant ou le pathos facile inhérent à ce genre de sujet.
Ils ont bien sûr conservé l'interrogation du livre sur le passage hasardeux de l'adolescence, sur le pouvoir de rédemption de l'écriture et sur la force de la fiction, qui peut dans la réalité détruire une vie, dans la fiction en recréer une. Vanessa Redgrave, bien que présente pour la conclusion seulement, donne d'ailleurs à la résolution de la tension une très grande force. La construction du livre, en parties distinctes, est aussi respectée. Dans la première partie – la meilleure – la jeune Briony, en plein questionnement sur le sentiment amoureux, assiste à des scènes qu'elle ne comprend pas entre sa grande sœur Cécilia et Robbie, fils de domestique. Quand un viol est commis, l'enfant accuse Robbie. La seconde partie est le temps que ce dernier passe en France, au combat ; la troisième montre Briony, un peu plus âgée, qui, s'étant rendue compte de la gravité de son acte, cherche la rédemption dans un hôpital militaire ; la quatrième la reprend soixante ans plus tard, alors que, dans un ultime effort pour se faire pardonner, elle vient de sortir un livre racontant toute l'histoire.
Pour faire sortir toutes ces émotions refoulées, il fallait d'excellents acteurs, et Joe Wright a eu la chance de les avoir. Du couple principal, Keira Knightley et James McAvoy, aux personnages secondaires en passant par la jeune interprète de Briony – impressionnante Saoirse Ronan, tous s'accordent pour retranscrire l'atmosphère pesante du conflit et des secrets, McAvoy en tête. Dommage cependant que Romola Garaï n'ait sans doute pas suffisamment d'ampleur de jeu pour nous faire ressentir clairement les déchirements que son personnage rencontre. Joe Wright s'est aussi entouré d'une partie de son équipe d'Orgueil et Préjugés : outre les actrices Keira Knightley et Brenda Blethyn, il a aussi fait à nouveau appel au monteur Paul Tothill et au compositeur oscarisé Dario Marianelli – dont la musique parvient comme d'habitude à encadrer parfaitement le propos.
Pourtant, malgré la maîtrise des images et des sentiments, malgré les écueils soigneusement évités, malgré le brio avec lequel Joe Wright a su manier les difficultés d'un point de vue multiple et d'une ligne du temps quelque peu fracturée, Reviens-moi manque de souffle. A force de préserver la souffrance intérieure, l'écran ne transmet pas toujours la force des émotions et on aurait bien aimé une demi heure de plus pour laisser à Briony le temps de faire le point sur elle-même, dans la deuxième et troisième partie. On regrette aussi la rupture trop nette entre la première partie du film et les autres, la qualité étant trop inégale. Reviens-moi aurait pu être un chef d'œuvre, avec cette histoire d'amour trahi et écartelé, cette fidélité malgré l'éloignement. Le livre, après tout, en est bien un. Mais c'est finalement un film plein de promesses qui manque malheureusement de l'envergure et du relief qui était demandé.
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Publié
le 13/01/2008 par Marie-Ambre Devanlay
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| Verdict |
Joe Wright met à l’écran un livre réputé inadaptable. Reviens-moi, soutenu par de très bon acteurs qui confirment ou font découvrir leur talents, parvient à retranscrire la plupart des traits du roman. Le résultat final est cependant mitigé, et si le film ne manque pas de qualité, il ne parvient pas à atteindre la profondeur que demandait le roman de Ian McEwan. |
7/10
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