|
Critique : Actrices |
 |
|
Valeria Bruni Tedeschi livre son second long-métrage en tant que réalisatrice avec Actrices.
Après Il est plus facile pour un chameau…, nominé en 2004 au César de le meilleure première œuvre de fiction, Valeria Bruni Tedeschi, actrice reconnue, passe pour la seconde fois derrière la caméra et continue par la même sa collaboration avec Noémie Lvovsky juste après avoir été à l'affiche du sympathique Faut que ça danse ! réalisé par cette dernière. Valeria Bruni Tedeschi y incarne Marcelline, qui arrive sur ses 40 ans et qui est un peu paumée entre son désir d'enfant et le père de celui-ci toujours pas trouvé ; cela donne une angoisse qui agit directement sur son métier d'actrice, elle qui doit interpréter une pièce importante avec un personnage fort qui semble lui échapper.
Va-t-elle pouvoir résoudre ces problèmes et comment va-t-elle s'y prendre ? Actrices est un film réussi grâce au talent et à la vraie passion de Valeria Bruni Tedeschi envers son métier, et elle décortique ici avec affection et avec beaucoup de justesse les tiraillements et les soucis du métier d'acteur. Où s'arrête le jeu d'acteur ? Où commence la schizophrénie ? Elle analyse brillamment cela en présentant des acteurs dont l'implication totale dans leurs rôles les pousse parfois aux excès et à un certain absentéisme dans la vie, comme s'ils étaient ailleurs. Avec le personnage de Marcelline, Valeria Bruni Tedeschi démontre cela de belle manière et y ajoute en plus une analyse très juste de la condition de la femme, de ses angoisses face à la ménopause et au désir d'avoir un enfant pour se sentir exister dans cette société, ou tout simplement de sa volonté de ne plus être seule. A chaque problème posé, Valeria Bruni Tedeschi y répond d'une manière tragi-comique, en ayant l'art de faire rire, ou du moins sourire, lors de scènes parfois pourtant dures. Le numéro d'équilibriste est la plupart du temps réussi, même si quelquefois le mélange peu paraître assez hasardeux et l'enchaînement de scènes un peu abrupt, au détriment de l'émotion.
Mais c'est peu de choses tant la réalisatrice met vraiment du sien pour illuminer l'œuvre, et c'est tout sauf de l'égocentrisme mais plutôt un certain altruisme dont elle fait preuve tant son personnage rend un habile hommage au métier tout en le bousculant, essayant de le sortir du microcosme dans lequel il peut s'endormir, tout en faisant briller ses petits camarades. Il est vrai que Actrices peut paraître très (trop) touffu tant il brasse des thèmes nombreux mais s'en acquitte plutôt bien, ajoutant une peinture assez triste des rapports sentimentaux et des désirs dans laquelle la frustration l'emporte bien souvent. Pour mener son film à bien, il fallait à Valeria Bruni Tedeschi des acteurs talentueux pour l'entourer et elle a su les trouver, tout d'abord en la personne de sa camarade Noémie Lvovsky, véritable perle qui illumine l'œuvre par sa béatitude et son jeu qui font de son personnage une femme radieusement lunaire. On notera également parmi les acteurs les plus présents la prestation toujours pleine de désinvolture du désormais grand Louis Garrel et l'implication sans faille de Mathieu Amalric dans le rôle du metteur en scène extravagant.
|
| |
|
Publié
le 29/12/2007 par Cyril Perraudat
|
| Verdict |
Avec Actrices, Valeria Bruni Tedeschi livre un film tragi-comique qui dresse un beau portrait de femme et pose un regard affectueux sur le métier d’acteur. |
7/10
|
|
|
|