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Critique : La Graine et le mulet |
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Troisième film de Abdellatif Kechiche, La Graine et le mulet fait déjà figure de classique dans la carrière du cinéaste. Un chef d'œuvre, incontestablement.
D'abord acteur, Abdellatif Kechiche est venu au cinéma par le biais de la comédie, en jouant entre autres dans Les Innocents de André Téchiné ou Bezness de Nouri Bouzid. Comment aurait-on pu imaginer que ce comédien (récompensé à Namur en 1992) serait dans les années 2000 l'un des plus grands réalisateurs français (avec Arnaud Desplechin, entre autres) ? Qu'est-ce qui explique l'engouement pour ce réalisateur originaire de Tunisie, niçois dès son plus jeune âge, depuis L'Esquive qui en 2003 remporta 4 Césars dont celui du Meilleur film ? Il est quasiment impossible de répondre à cette question tant les films de Abdellatif Kechiche sont personnels et populaires, sociaux et tout simplement humains. On pourrait dire que le réalisateur réinvente le cinéma, on ne serait pas loin de la réponse.
Véritable portrait de la communauté sétoise, La Graine et le mulet brosse le portrait de toute une famille, celle de Benji Slimane, nouvellement licencié du chantier naval de la ville, navigant entre son ex-femme, ses enfants, la propriétaire de l'hôtel qui lui fournit de l'amour ainsi qu'une chambre, et la fille de celle-ci, « fille adoptive » que le « vieux » Slimane (60 ans passés) aime comme son propre enfant... Fatigué, il tente de laisser un héritage à ces jeunes en créant un bateau-restaurant dont la spécialité serait ce fameux mélange de graines et de mulets, le couscous aux poissons, spécialité de la femme qu'il a quittée.
La Graine et le mulet raconte en gros cette histoire mais ce n'est pas tout. En 2h31 de pellicules, Abdellatiof Kechiche brasse, sans aucune démagogie, des thèmes essentiels comme la position actuelle de la France métissée, s'intéresse à TOUS ses personnages (et Dieu sait si il y en a beaucoup), constitue une suite disparate de morceaux d'humanité qui compose l'autre grand thème du film. Mélangeant social et romanesque, l'Humanité généreuse, chaleureuse émeut jusqu'aux dernières images. Véritable choc visuel et verbal, La Graine et le mulet essouffle (dans le bon sens du terme) le spectateur. Visuellement tout d'abord, car même si on y retrouve l'influence de grands metteurs en scène (Maurice Pialat évidemment, Jean Renoir éventuellement mais aussi Marcel Pagnol le temps d'une scène), Abdellatif Kechiche possède une façon toute personnelle de filmer. A la fois simple, énergique et généreux, le film fait la part belle aux acteurs, souvent filmés en gros plan lorsque la dramaturgie le permet (la fille essayant de persuader sa mère de venir à la soirée qui se tient au restaurant) ou en plans plus découpés (la scène monstre du repas familial durant 21 minutes). Verbalement ensuite où les envolées orales savent se faire douces et calmes mais aussi, le plus souvent étourdissantes et fiévreuses. Mis à part dans son premier film, La faute à Voltaire, le réalisateur emploie beaucoup de comédiens non professionnels et il n'est pas trop fort de dire qu'Abdellatif Kechiche est un directeur d'acteurs remarquable, tellement brillant même qu'on ne sait jamais vraiment ou se situent l'improvisation et les dialogues récités. Ainsi, les acteurs de Abdellatif Kechiche sont absolument et sans exception tous phénoménaux.
Hafsia Herzi qui interprète la fille de la maîtresse de Slimane, prête à tous les sacrifices pour que le projet de son « père adoptif » réussisse, est la révélation du film. Après avoir découvert Sara Forestier dans L'Esquive, Abdellatif Kechiche réitère son coup de maître avec une jeune actrice incroyable dont le talent éclate lors de chacune de ses apparitions à l'écran. De Habib Boufares (qui a repris le rôle de son ami de travail mort durant le tournage), il y a peu à dire sinon qu'il est tout simplement magnifique de justesse et de délicatesse dans le rôle de Slimane malgré le fait que cela soit son premier film. On leur en souhaite à tous deux plein d'autres. En tout cas, pour Hafsia Herzi , déjà sur deux projets, c'est bien parti.
Que dire d'autre pour inviter le spectateur à aller voir La graine et le mulet ? Que c'est un film sensuel et profond, que la fin est bouleversante, que la dernière heure est un morceau de bravoure.Bref, je manque de place. Juste un mot : le film a reçu le Prix spécial à la 64ème Mostra de Venise et cette fois, ils ne se sont pas trompés. Alors, vous êtes encore là ? Vous attendez quoi ?
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Publié
le 16/12/2007 par Christophe Hachez
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| Verdict |
Arrivé en toute fin d’année sur les écrans, La Graine et le mulet est le plus beau film français de 2007. Abdellatif Kechiche, avec son film, rend ses plus belles lettres de noblesse au cinéma hexagonal. Déjà un chef-d’œuvre, bientôt un classique ! |
10/10
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