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Critique : 24 mesures |
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Benoît Magimel et Sami Bouajila, valeurs sûres du cinéma français, accompagnés de Lubna Azabal se retrouvent dans 24 mesures, première réalisation du jeune Jalil Lespert.
24 mesures, s'apparente à un film sur l'altercation, la rencontre, la fusion de plusieurs destins aux trajectoires tout d'abord différentes, mais qui s'avèreront bien plus proches qu'on ne le pensait. En effet, Helly jeune mère célibataire, Didier, chauffeur de taxi, Marie, une provinciale mal dans sa peau et Chris, un joueur de jazz n'ont de prime abord rien en commun. Et pourtant chacun à sa façon est habité d'un mal être qui le ronge peu à peu et qui ne pourra se résorber dans la solitude. Leurs vies ne peuvent, ne pourront changer tant qu'ils sont seuls, le tournant va s'amorcer pour eux lorsque leurs routes vont se croiser la veille de Noël. Première chose intéressante dans l'intrigue, le choix de la date, 24 décembre, veille de jour de fête, où traditionnellement les gens passent la soirée en famille ou entre amis. Les portraits qui nous sont dépeints brisent ce postulat. Chacun a mieux à faire que se conformer à ces traditions populaires, accentuant ainsi la sensation de marginalisation des personnages. La quasi-totalité du film se passe la nuit à part le final qui bénéficie du lever du jour. On a droit à une véritable errance nocturne, où l'absence de la lumière du soleil renforce le cloisonnement psychologique et moral dans lequel se trouvent Helly, Didier, Marie et Chris.
Néanmoins, si Jalil Lespert a parfaitement su mettre en place une atmosphère immersive, dans laquelle n'importe quel esprit pourrait se perdre à l'instar des protagonistes, 24 mesures ne bénéficie pas d'un rythme homogène, ce qui amène des longueurs pesantes, bien que le métrage dure un peu moins d'une heure trente. Il reste quand même intéressant de voir de quelle manière quatre personnes qui ne se connaissent pas peuvent influer sur la vie des uns et des autres en l'espace d'une seule nuit. Nuit qui, comme évoqué précédemment, est un élément à part entière et qui joue un rôle important dans la composition d'image que nous livre Jalil Lespert. Même si tout n'est pas parfait, Jalil Lespert pour ce premier essai laisse entrevoir un beau potentiel dans la mise en scène, et notamment dans la direction de ses comédiens qui livrent ici une belle prestation.
Jalil Lespert qui est avant tout comédien a su guider son casting pour lui permettre d'atteindre un résultat en adéquation avec la noirceur du récit. Bien que les personnages manquent parfois de profondeur, ses comédiens ont su compenser cela en misant sur la sobriété et la nuance de leur jeu. Benoît Magimel récemment vu dans L'Ennemi intime change de registre dans l'interprétation d'un chauffeur de taxi désabusé, déambulant depuis trop longtemps dans sa voiture comme un être sans âme au bord de l'explosion. Constamment sur la corde raide, il montre que son talent se bonifie avec l'âge. Lubna Azabal en femme blessée par la vie mais volontaire, et Bérangère Allaux en jeune femme paumée rendent également une jolie partition toute en fragilité. Enfin Sami Bouajila est quant à lui habité par son rôle de Jazzman torturé qui végète depuis trop longtemps sans perspective d'avenir.
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Publié
le 10/12/2007 par Christopher Wack
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| Verdict |
Une mise en scène inspirée, une interprétation solide, une histoire cohérente, il n’en fallait pas plus pour souligner les débuts de Jalil Lespert comme réalisateur. On déplorera néanmoins qu’il n’ait pas su exploiter tout le potentiel de son œuvre. |
6/10
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