Après Le Seigneur des Anneaux, New Line adapte la trilogie d'A la croisée des mondes de Philip Pullman.
L'adaptation de la trilogie de
Philip Pullman : tous ses lecteurs en avaient rêvé dès les premiers livres pour enfants passés à l'écran. Quand on a su que c'était
New Line Cinema, celle qui avait donné vie à l'œuvre de Tolkien – réputée inadaptable – qui s'en chargeait, l'espoir s'est installé ; quand le nom de
Chris Weitz a été prononcé, c'est le doute qui est venu … Et avec les premières images, on pensait à un nouveau
Narnia avec variations : le lion devient ours, la gamine zozotante prend de l'âge et
Tilda Swinton laisse sa place à
Nicole Kidman. Mais réjouissons-nous :
La boussole d'or va bien plus loin que les promenades des enfants Pevensie dans le monde propret produit par
Disney. Il faut dire aussi que le matériau de départ, la trilogie de Pullman, est excellente : relief des personnages, qualité de l'intrigue, profondeur du message, tout y est. Voyons donc ce qu'en a fait
Chris Weitz.
L'un des challenges de cette adaptation était la mise en réalité du monde décrit par
Philip Pullman. Cette transposition s'appuie ici sur trois éléments : les décors, les costumes et les daemons. Or, les équipes ont fait un travail remarquable, tant dans les costumes reflétant les diverses appartenances des personnages et leur caractère, que dans les décors qui, en mélangeant connu et imaginaire, permettent de faire sentir le système du monde parallèle, proche du notre et pourtant différent, expliqué brillamment lors des premières images avec cette déchirure que l'on franchit. Et même si on peut leur reprocher l'aspect un peu trop net de l'ensemble, façon « pressing et ravalement de façade », reconnaissons que pour un film s'adressant aux plus jeunes le boulot est très bon. Quant aux effets spéciaux, si les animaux n'ont pas toujours l'air réel, ils ont suffisamment d'expressions et de personnalité pour s'intégrer dans l'histoire.
Celle-ci a été très bien respectée, et est toujours accessible aux adultes qui ne devraient pas s'ennuyer ; si le film est construit autour de Lyra, elle ne fait rien seule, et est finalement toujours entourée par des adultes. Lyra sert en quelque sorte de catalyseur, de fil conducteur, pour unir les différents héros plus mature : on reste ainsi loin de ces gosses qui sauvent le monde avec un cure-dent. De plus,
La boussole d'or a conservé, quoiqu'atténué voire simplifié, le message du livre et les interrogations sur l'adolescence, le libre arbitre, le contrôle politique, les méfaits d'une religion empêchant les avancées techniques pour garder la maîtrise des esprits, et l'humanité en général (si, si, il y a tout ça !). Rassurez-vous, inutile d'avoir lu le livre : pour les néophytes de l'univers de Pullman, tout est très bien expliqué, sans que ce soit lourd ni maladroit.
Chris Weitz a d'ailleurs fait un travail bien meilleur en tant que scénariste que réalisateur : l'adaptation est solide, respectant les personnages et le monde décrit par le livre plutôt correctement tout en sachant faire des coupes au bon endroit ; mais la réalisation, bien trop académique, manque furieusement de personnalité et donne malheureusement au film un aspect général bien trop lisse et trop carré pour coller correctement au déchirement qui s'opère dans le monde exposé ici, tant au niveau politique que
personnel.
Comme pour tout film pour enfants maintenant, on a droit à un casting adulte solide, mené par
Nicole Kidman en femme froide et hautaine, cruelle mais faillible car humaine. Quant aux enfants, le pari pris par
Chris Weitz – choisir une parfaite inconnue – était risqué mais finalement réussi :
Dakota Blue Richards transmet très bien le caractère du personnage, tête brulée et sauvageonne. Il faut dire que nombre des acteurs présents avaient déjà su apprécier le livre avant même de se voir proposer de participer à l'adaptation, et que chacun a voulu respecter le livre sans prendre toute la place – un risque réel lorsque tant d'acteurs chevronnés doivent faire cohabiter leurs petits rôles. New Line peut être fière d’elle : sans produire un chef d’œuvre, elle a réussi avec ce premier volet à camper un monde crédible et à nous donner envie de voir la suite. Parfait film de fin d’année, La boussole d’or saura convaincre les fans de la trilogie comme les autres.