Troisième film de Julie Taymor, Across the Universe transcende le genre « comédie musicale » grâce au génie des Fab Four et à une inventivité de tous les instants.
Artiste multi-polyvalente,
Julie Taymor a toujours baigné dans l'univers musical. (on lui doit la mise en scène du « Roi Lion » en ce moment à Paris mais aussi de nombreuses adaptations d'opéra telles que « La flûte enchantée » de Mozart ou « « Salomé » de Strauss). Elle remporte l'Oscar de la meilleure musique pour son second film,
Frida (narrant la vie du fameux peintre Frida Kahlo) grâce à son mari, le musicien
Elliot Goldenthal. Après un
Titus avec
Anthony Hopkins sorti en 2001 dont on garde un vague souvenir et un
Frida un peu trop classique malgré de beaux moments en 2003,
Julie Taymor sort son film le plus ambitieux, Across the universe, depuis mercredi sur les écrans.
Mélanger trente-trois titres des Beatles réorchestrés et réinterprétés par les acteurs eux-mêmes et les mélanger à des dialogues (rares mais concis) était un défi dont la réalisatrice aurait pu ne pas se relever. Le pari est réussi : le film se vit comme un rêve éveillé, l'inventivité dont fait preuve
Julie Taymor se révélant incroyable d'audace (musicale bien sur mais également visuelle). Si le film a un peu de mal à décoller durant la présentation des personnages, la suite n'est que flamboyance, mélange de charme et d'énergie dont on ressort repu sans comprendre vraiment ce qui nous est arrivé.
Le postulat est simple : brasser en 135 minutes toute la culture du milieu des années 60 à travers ses événements-phare (la guerre du Vietnam, les émeutes de Detroit, la lutte pour la liberté d'expression…), mélangeant ainsi la grande et la petite histoire : celle de Jude, docker de Liverpool, et Lucy, dont l'histoire d'amour ne cesse de rebondir aux rythmes des tubes des Fab Four (essentiellement ceux de leur seconde partie discographique, incontestablement la meilleure). Ils vont faire la connaissance de Sadie, chanteuse de rock ressemblant étrangement à Janis Joplin, mais aussi Prudence et Max qui sera appelé, à participer à la guerre du Vietnam.
Politiquement engagé, Across the universe aligne des scènes d'une virtuosité et d'un délire trop rare dans le cinéma d'aujourd'hui. On pense plusieurs fois aux délires de
Ken Russel (
Tommy,
Malher) mais c'était dans les années 70. On sent également l'influence de
The Wall de
Alan Parker, mais celui-ci date de 1982. Depuis, il y a bien eu l'insupportable clip de
Oliver Stone consacré au leader des Doors , Jim Morrison, mais ici le psychédélisme n'est qu'enchantement, la folie mesurée étant quant à elle d'une intelligence totale, en phase complète avec la musique des Beatles.
Au passage, on repérera quelques caméos dont Joe Cocker, qui fait ainsi plusieurs apparitions dans la peau de différents personnages, Bono dans une séquence d'anthologie faisant sans doute référence au « Magical Mystery tour » des Beatles et interprétant « I'm the walrus » avec autant d'excentricité et de folie que nécessite la chanson ; et
Salma Hayek, quant à elle, interprète une infirmière aux charmes on ne peut plus troublants.
Véritable réussite, Across the universe est aussi un pari rythmique (comment mélanger musique et dialogues), un jeu sur les couleurs, une fable sur le rêve et la réalité, sur le besoin de se trouver soi-même à travers ses idéaux, ses désirs, ses besoins. A travers ses contradictions filmiques et l'unité de ses personnages,
Julie Taymor frôle le chef d'œuvre avec cette œuvre fortement inspirée et un peu dingue. En outre, la fin est bouleversante et les personnages touchants et attachants. Forcément déjà culte pour les fans des Beatles, le film permettra aux néophytes de découvrir l'œuvre d'un des plus grands groupes du monde ainsi que la vision toute personnelle d'une réalisatrice de grand talent dont le message est clair : « All you need is love » ! Across the universe est un film magnifique plein d’invention et de créativité, superbe dans sa musicalité, génial dans son esthétique et ses envolées lyriques. Une sacrée réussite.