Disney qui se moque de lui-même : comment ne pas être enchanté par l'initiative ?
Il était une fois n'est pas le premier film se moquant des dessins animés Disney : on a eu Shrek par exemple, d'une façon plus ou moins fine selon les volets de la série et, dernièrement – mais avec bien moins de bonheur –
Cendrillon & le prince (pas trop) charmant ; mais là où ça devient intéressant, c'est quand c'est Disney lui-même qui se moque de ses productions tout en posant la question de la confrontation du monde des contes et de notre monde réel, cristallisée autour de la fille de l'avocat à qui son père refuse de lire les histoires de princesses pour qu'elle soit bien ancrée dans son monde. Mais la morale du film est claire : si un trop plein de niaiserie n'a sa place que dans les livres, un peu d'innocence et beaucoup de foi en l'amour sont bien utiles.
Et, vu le sujet, on est bien reconnaissant au scénariste
Bill Kelly d'avoir su conserver une certaine rigueur. Tout d'abord, il a su faire évoluer le personnage de Giselle, toute sucrée au début et relativement censée à la fin : on peut alors comprendre comment elle peut séduire l'avocat blasé, et on évite ainsi le trop gros manque de réalisme. Sont bien sûr présents tous les clichés Disney, mais plutôt bien utilisés : les gesticulations de l'écureuil, inévitables, ne prennent pas toute la place et la longue chanson du milieu façon début de
La Belle et la bête (entre autres) a une touche moqueuse qui évite le ridicule. On pouvait se demander si ces traits particuliers allaient supporter le passage dans le monde réel : eh bien, curieusement oui, grâce justement à ce traitement légèrement décalé, qui sait utiliser les scènes classiques en les attaquant de côté. Sans être hilarant, donc, ce traitement donne à l'ensemble un air touchant et attendrissant qui fera que ceux que les histoires – souvent niaiseuses, reconnaissons-le – de la maison de production ne convainquent pas pourront se laisser séduire par
Il était une fois – à condition bien sûr d'être dans le bon état d'esprit.
Le film a donc du charme, et est bien porté par le regard naïf d'
Amy Adams et la présence solide de
Patrick Dempsey, qui sort enfin de son rôle de médecin au regard de chien battu qu'il tient depuis plusieurs années dans
Grey's Anatomy. Le casting est en effet globalement très juste, particulièrement
James Marsden (Cyclope des
X-Men) en prince crétin qui passe des expressions « je me trouve très beau » à « je suis niaisement heureux » ou même « je ne comprends rien » en un claquement de doigts. C'est d'ailleurs sur lui que repose une bonne partie du comique, l'humour venant du décalage entre sa vision de la vie – je suis un prince parfait qui va secourir la fille qui m'est destinée – et le monde normal.
Timothy Spall reprend un rôle du même genre que celui qu'il tient dans les
Harry Potter : celui du valet qui s'écrase devant son maître, personnage qu'il contrôle très bien.
On regrettera cependant, surtout pour un film issu des studios Disney, le côté un peu trop rapide et saccadé et les angles trop marqués des premières minutes – celles qui se passent dans le monde animé. Si les fonds sont corrects, les personnages semblent bâclés façon production secondaire et sont même parfois en décalage avec le paysage. Ne nous attendons pas non plus avec ce film au retour réel de la magie qui portait les anciens films de la maison de production et qui a déserté les récents ; profitons simplement de la fraîcheur qui en ressort, et révisons nos classiques en repérant les clins d'œil disséminés un peu partout.
Il était une fois reste le parfait Disney de fin d'année, qui a eu l'intelligence de sortir avant celui de New Line pour éviter la concurrence trop forte.
Il était une fois nous rappelle le temps où Disney était touchant et romantique : on ne peut qu'être séduit par l'idée. Le film plaira aux enfants, mais aussi aux plus vieux qui se souviennent du temps où leurs yeux brillaient devant les princesses du studio. Ajoutons un humour cabotin rafraichissant, et profitons du spectacle sans trop se poser de questions.