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Critique : Suspiria |
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Le chef-d'œuvre immortel de Dario Argento ressort en copie restaurée, pour l'un des événements cinématographiques de l'année.
Il est forcément toujours difficile d'écrire sur un « classique », un chef-d'œuvre reconnu comme tel, et ce depuis des décennies. L'exercice peut même se révéler douloureux pour peu que l'œuvre en question tienne une place importante dans l'histoire personnelle de qui tient la plume, comme c'est le cas aujourd'hui pour celle qui écrit ces mots. Trente ans plus tard, trente ans après les critiques, les haines, les éloges, les analyses, la reconnaissance – unanime – et maintenant cette restauration flambant neuve, accompagnée d'une ressortie événement, quelle place reste-t'il pour qui veut, humblement, écrire sur Suspiria ? Laissons le soin du décorticage, du démantèlement et de l'autopsie à d'autres croque-morts. On ne parlera pas ici d' « opéra horrifique baroque » (ah ! cette manie des formules consacrées…), ni de l'avènement de l'horreur seventies transalpine, et encore moins du « Hitchcock italien » (encore un critique qui regardait des films avec des lunettes de soleil). Non, ici on ne parlera que d'amour – cinéphile – et de passion. Rouge sang, forcément.
Suspiria est un conte, au sens premier et littéraire du terme. Soit une histoire fantastique dans un monde irréel. Les 10 premières minutes du film ont beau faire illusion pour un temps (et encore !), quelques accords stridents des Goblin suffisent à nous faire comprendre que le Fribourg dans lequel Dario Argento vient de nous faire atterrir avec son héroïne sort tout droit d'un univers mental, malade : le sien. Et comme tous les contes commencent par « Il était une fois », ainsi soit-il. Il était une fois, une jeune et belle princesse, non pardon, ballerine, qui venait d'un pays lointain, très lointain (les Etats-Unis, pensez donc). Elle fut accueillie dans un château merveilleux au cœur de la forêt, une académie de danse aux murs tapissés de broderies d'or et de draps de velours rouge. Mais prends garde, Suzie, la méchante sorcière n'est pas loin, et l'auteur du conte a oublié le Prince Charmant. A moins qu'il ne l'ait égorgé dans un autre film.
Parce que – pardon, j'ai oublié de vous prévenir – Suspiria n'est pas un conte de fées. C'est un conte macabre et sanglant, pour enfants cruels et méchants. Pour adultes donc. Car les riches tentures et les joyaux incrustés cachent les corps de ceux qui ont trop vu, trop compris, trop pressenti. On a accusé Dario Argento de se complaire dans la cruauté. Peut-être, mais n'oublions jamais que, dans ses films, la mort n'est jamais belle, la violence odieuse, et les meurtres montrés tels qu'ils le sont : horribles, et surtout, exagérément sanglants. Point de complaisance, nous sommes dans un conte, et l'hyperbole fait partie du mode opératoire, voilà tout. Si le rouge vous pique les yeux, passez votre chemin.
Car le rouge - celui du sang, mais aussi des décors, de la lumière - est omniprésent. Là encore, on pourrait passer des heures à ressasser l'utilisation des couleurs dans Suspiria, de sa salle de dortoir à l'obscurité écarlate, de son couloir (de la mort) étouffé dans un vert suffocant, de la mise à mort de Stefania Casini dans un bleu électrique. On pourrait creuser sans fin les compositions de cadre hallucinantes d'un cinéaste qui avait atteint la perfection ultime de son art. On devrait évoquer la musique démente, au sens psychiatrique du terme, des Goblin, et ces notes infernales qui mettent encore les larmes aux yeux des heures après le générique de fin. Et parler de la Mère des Soupirs, de l'abominable et délicieuse angoisse qui nous broie le cœur de la première à la dernière image, se dire que trente après, personne n'a fait mieux, pas même son auteur. On devrait sans doute faire tout ça. Je ne le ferai pas.
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Publié
le 20/11/2007 par Sabine Garcia
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| Verdict |
Un cauchemar dément, un chef-d’œuvre halluciné, un poison enivrant : 30 ans plus tard, le joyau de Dario Argento n’a rien perdu de sa puissance. Suspiria est en salles, s’y ruer est un devoir. |
10/10
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