Critique : Lions et agneaux

Critique : Lions et agneaux

Pas véritablement un film de guerre mais une œuvre résolument militante, Lions et agneaux décrypte les ambitions et désirs de six personnes face à la guerre initiée par Bush Jr.


Le moins que l'on puisse dire, c'est que le film de Robert Redford est assurément une œuvre mineure dans sa carrière de réalisateur. On se souvient de l'inoubliable Des gens comme les autres (1980) pour lequel il obtint l'Oscar du meilleur metteur en scène, ou du formidable Quizz Show (1994) ou bien encore du magnifique L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux (1998). Ici, la quasi-majorité des scènes se passent dans des bureaux relatant les convictions des différents protagonistes, et d'un point de vue grammaire cinématographique, ce n'est pas forcément ce qu'on appelle un film intéressant.

Lions et agneaux
Sur les deux côtés des Etats-Unis, on assiste à l'affrontement, à Washington, d'un sénateur républicain (le rôle semble taillé pour Tom Cruise) qui veut convaincre une journaliste férue de scoops, Janine Roth (Meryl Streep, forcément extraordinaire) de dévoiler à la presse la dernière stratégie de guerre pour faire cesser la guerre en Irak. De l'autre coté, sur la côte Ouest, le Dr Mailey, professeur d'histoire vieillissant essaie de faire réagir l'un de ses étudiants sur les véritables capacités qu'il détient en lui et dont il pourrait se servir pour changer, à sa propre échelle, la face du Monde en participant à la vie collective de son pays. Loin de là, dans les montagnes isolées d'Afghanistan, deux anciens étudiants du Dr Mailey se battent pour leur survie.

Lions et agneaux
Si du point de vue de la réalisation, le film ne s'avère guère passionnant, il l'est, au contraire, grâce au scénario de Matthew Michael Carnahan (également scénariste de Le Royaume, sorti il y a quinze jours, plus énergique et moins cérébral que le film de Robert Redford). Même si le discours est parfois un peu confus, les enjeux des uns et des autres sont quelquefois passionnants et cachent des vérités souvent très dures à entendre mais qui ont, ici, la capacité de faire réfléchir le spectateur jusqu'à la toute fin du film. Le conflit intellectuel entre le sénateur et la journaliste est particulièrement intéressant, chacun essayant de dévoiler les intentions de l'un tout en cachant les leurs. Exercice hautement difficile pour le spectateur, il faut bien l'avouer, mais aussi pour les acteurs et le scénariste qui tente de nous faire entendre de silencieux enjeux, économiques, politiques et personnels. L'autre conflit verbal, celui du professeur et de son étudiant est un peu moins heureux et fait quelquefois baisser la tension du film, aéré par les scènes tournées sur les champs montagneux de guerre.

Lions et agneaux
Lions et agneaux, malgré son script travaillé et son interprétation de grande classe, réussit l'exercice qui consiste à faire réfléchir le spectateur bien après la sortie du film mais n'en reste pas moins souvent agaçant durant sa projection. Pourtant, on sent la volonté qu'a ressenti Robert Redford de bien s'entourer dans cette aventure qui lui tenait à cœur. On retrouve ainsi Philippe Rousselot, l'un des plus grands photographes de plateaux ayant travaillé en France dans les années 70 et 80 avec moult réalisateurs français (Eric Rohmer, Jacques Doillon, Jean-Jacques Beineix avec lequel il recevra un César pour son travail sur Diva…). On le retrouve aujourd'hui davantage dans des productions américaines telles celles de Tim Burton (Charlie et la chocolaterie). En ce qui concerne le fameux compositeur Mark Isham, il compose ici une musique sensorielle laissant la place vacante aux propos et aux jeux des acteurs. Quant à savoir qui sont les loups et quels sont les agneaux, c'est une des questions majeures du film à laquelle on ne cesse de penser pendant (et après) les 90 minutes du film…
 
Publié le 19/11/2007 par Christophe Hachez

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Verdict
Intéressant de par son discours ambitieux, Lions et agneaux souffre d’une mise en scène quasi-absente lors des scènes se passant dans les bureaux, ce qui représente bien les trois-quarts du film. Une oeuvre donc à entendre plutôt qu’à voir. Lions et agneaux n’en reste pas moins un film un tantinet décevant dans la carrière de réalisateur de Robert Redford.
6/10



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