Critique : L'Homme sans âge

Critique : L'Homme sans âge

Francis Ford Coppola revient pour un film étrange, personnel, mélangeant les tons et les sources.


1938, Roumanie. Dominic Matei, 70 ans tout juste, se réveille dans un lit d'hôpital après avoir été frappé par la foudre. Il découvre alors qu'il a 30 ans de moins, des facultés mentales surdéveloppées, des capacités étranges, et cela lui permet de reprendre ses recherches sur les origines du langage. Mais la guerre se déchaîne, et Matei, menacé par les nazis, s'enfuit. Quinze ans plus tard, il rencontre une femme qui semble être la réincarnation de son amour perdu. La jeune femme lui apporte aussi la clef de ses recherches : d'étranges crises lui font remonter le temps, à travers ses vies précédentes. Matei la regarde se perdre, attendant qu'elle arrive à l'origine, à la langue primaire.

L'Homme sans âge
Reconnaissons-le : devant L'Homme sans âge, on ne sait pas quoi dire ; on va tout de même essayer. Parce qu'on l'a attendu 7 ans, le nouveau Coppola, mais on ne sait même pas par quel bout le prendre. A première vue, c'est très bien interprété (Tim Roth parvient à jouer sur l'âge, la tension, l'absence, la folie), et les images sont léchées. Mais finalement, le spectateur, perdu au milieu de toutes les interprétations, décroche vite.

L'Homme sans âge
Alors avant tout, de quoi ça parle ? D'un universitaire qui, à la fin de sa vie, regrette de n'avoir pas pu mener ses recherches à bien, et qui soudain se voit donner un nouveau sursis et de nouveaux moyens pour les terminer. Le film serait alors sur la jeunesse sans la jeunesse, ici à cause du poids du savoir. Habité par l'obsession de la recherche et de la découverte, il va jusqu'à l'épuisement – de lui-même, mais aussi et surtout des autres, ce qui s'incarne dans la dégradation de l'état de la femme qu'il aime, et qui se détruit à ses côtés. La quête le maintient ; quand il abandonne cette volonté, tout s'effondre. C'est la recherche de la vérité, mais surtout la recherche tout court, qui lui donne l'énergie. Et donc, d'une certaine façon, une mise en pratique de l'aboutissement de la quête personnelle à travers un voyage initiatique parfois douteux. Mais L'Homme sans âge, c'est aussi une réflexion sur notre rapport avec le monde, surtout à travers les élucubrations plus ou moins balbutiées sur les anciennes religions en Inde. Et une interrogation sur le pouvoir du langage, l'importance de la communication – dans une relation amoureuse, mais aussi dans la simple relation avec soi-même.

L'Homme sans âge
Et bien sûr, jusqu'au bout subsiste la double interprétation ; jusqu'aux dernières images, le film garde un pied dans le fantastique, et on peut, si on veut, rester dans l'histoire magique. Mais il est plus intéressant, pour le film comme pour le spectateur – car la trame seule est ennuyeuse – d'essayer de voir plus loin. On reconnaît dans tous les thèmes cités au dessus la griffe de Coppola. A force de vouloir dire beaucoup de choses le métrage est plein de chevauchements, de recoupements, et est donc un ensemble général confus ; cela finit par manquer furieusement de cohérence, et le mélange des styles, qui nous laisse devant une oeuvre « 4 en 1 », n'aide vraiment pas. Globalement, le film fait très « début des années 70 », tant au niveau de sa présentation par exemple, mais aussi de la manière de filmer (désuète), et même des effets spéciaux.

L'Homme sans âge
De plus, le rythme n'est pas toujours égal : ça ralentit jusqu'à l'absurde dans certaines scènes pour redémarrer en saccades comme une vieille voiture qui aurait des ratés. Le début est certes alléchant, mais ça patauge vite dans le flou par la suite. Cacochyme comme son personnage principal (du moins au début, puisque, comme le fait remarquer la jeune infirmière du milieu, par la suite il reprend de la vigueur), L'Homme sans âge perd par moment son spectateur dans une espèce de flottement onirique douteux alors que d'autres scènes sont parfaites. On passe donc du presque génie cinématographique aux scènes niveau de ces productions louches faites pour endormir les insomniaques vers 3h du matin. Le film serait à Francis Ford Coppola ce que The Fountain est à Darren Aronofsky : une fable pseudo-mystique essayant de réfléchir sur l'un des grands thèmes de la vie sur fond d'histoire d'amour intemporelle à la Dracula (de Coppola aussi, d'ailleurs), et trop personnelle pour pouvoir être appréciée.
 
Publié le 17/11/2007 par Marie-Ambre Devanlay

» IMAGES
Critique : L'Homme sans âge
Critique : L'Homme sans âge
Critique : L'Homme sans âge
Critique : L'Homme sans âge
Critique : L'Homme sans âge
Critique : L'Homme sans âge
Critique : L'Homme sans âge
» Plus d'images...

Verdict
L’homme sans âge est un film globalement boiteux, comme une chaise qui aurait un pied de 5 mm de moins. Patchwork hybride, bouillabaisse de genres et de messages, il ne convainc pas et perdra sans doute une bonne partie de ses spectateurs en cours de route.
5/10

» INFO FILM
L'Homme sans âge
Nom: L'Homme sans âge
Réalisateur(s) :
Francis Ford Coppola
Acteur(s) :
Tim Roth
Matt Damon
Marcel Iures
Bruno Ganz
Anamaria Marinca
Alexandra Maria Lara
Producteur(s) :
Francis Ford Coppola
Société(s) de production :
American Zoetrope
Scénariste(s) :
Francis Ford Coppola
Genre: Drame
Sortie FR: 14/11/2007
Sortie US: 14/12/2007
Site Web de L'Homme sans âge

» FICHE FILM
NEWS
Le nouveau Coppola en photo
DOWNLOADS
BA L'Homme sans âge (VOSTF)
BA L'Homme sans âge
Teaser Youth Without Youth
IMAGES
Photos du film



Newsletter | Webmaster | Aide | Publicité/Contacts

Réseau PRESSELITE : JeuxFrance | Cinema-France | EnregistrerSous | PokémonFrance

Partenaires : Achat en ligne | Ensembles Home Cinema | Netvibes



CINEMA-FRANCE.COM V 1, Magazine du Cinéma, des DVD et des Séries TV. Copyright © 2005-2008 CINEMA-FRANCE.COM, toute copie intégrale ou partielle est interdite. Les images sont Copyright © par leurs propriétaires. CINEMA-FRANCE.COM est édité par la société PRESSELITE.