Critique : Darling

Critique : Darling

Darling ou la descente aux Enfers de Marina Foïs : un film moyen pour une grande révélation.


Quand Catherine naît, elle n'a dès le départ pas de chance. Pas aimée par ses parents, illettrée, elle apprend à lire en regardant avec son frère les camions passer sur la nationale et se rêve une vie meilleure dans laquelle elle ne serait pas « paysante » et aurait un routier pour mari. Au début, on dirait que ça se goupille bien : Catherine rencontre Joël, pseudo « Roméo » sur la CB ; ils se marient, ont des enfants. Mais Joël est violent. Alors elle raconte le soir, sur la CB – pseudo « Darling » – aux routiers qui passent, sa vie quotidienne, les paroles blessantes de son mari, les coups. Petit à petit, elle se désagrège, physiquement et moralement. Et pour se retrouver, doit partir.

Darling
A première vue, Darling cumule plusieurs thèmes pour ces fameuses soirées « téléfilm social + débat en deuxième partie de soirée » qu'aimait nous proposer la tv. A seconde vue aussi, d'ailleurs. Difficile alors de considérer le film sans voir derrière le contexte social, la peinture du quart monde français, mais aussi l'aspect psychologique important : le personnage de Catherine/Darling, pas aimée dès le départ, ne peut que tomber dans un schéma familial pourri par la suite, ne se sachant pas digne d'un meilleur traitement. On nous présentait le film comme le portrait de quelqu'un qui s'accroche ; c'est vrai qu'elle s'est accrochée, mais ce que Darling nous montre réellement, c'est la chute, la dégradation d'un être humain qui, avant de relever la tête, à dû toucher le fond.

Darling
Pour traiter cette histoire, la réalisatrice a dû faire des choix, prendre parti. Et à cette situation insupportable elle oppose le regard presque naïf de la narratrice, qui raconte de la même façon le jour où elle fait à manger pour les cochons et celui où, inconsciente, elle dévale les escaliers. Le ton est noir, l'humour très grinçant genre « clin d'œil vicieux de la vie » comme nous le montre les petites phrases de l'éphéméride. D'ailleurs, le temps ne passe pas, dans Darling. Chaque jour se ressemble, et on se rend compte du passage des années en voyant les enfants grandir. Et chaque jour apporte son lot de coups, très rarement montrés. La caméra accompagne le geste, jusqu'à la limite, s'arrêtant sur un plan fixe avant que le spectateur ne puisse voir, puis reprend la femme plus tard, après le coup. En voix off, on apprend ce qui s'est passé. Ces ellipses, si elles nous frappent sans doute plus que ne l'aurait fait la scène explicitement montrée, donne à l'ensemble un aspect presque poétique tout en soulignant douloureusement le poids du silence qu'entoure ce genre de situation : les femmes battues, c'est dans l'intimité que ça se passe, le monde extérieur ne le voit pas. Cela permet aussi d'écarter totalement le pathos sans enlever le poids des événements.

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Et comme on ne voit pas ce qui se passe – même si on le sait bien, on se retrouve avec pour seul spectacle cette femme qui se désagrège, qui tombe un peu plus bas à chaque malheur. C'est là que la perle du film se laisse voir : Marina Foïs, parfois totalement méconnaissable. Inutile de chercher ici des traces des sautillements désordonnés des Robin des Bois : il n'y en a plus. Son jeu, tout en nuance, transmet parfaitement la descente progressive de son personnage, la chute humaine, physique et morale, le retour à la normalité ensuite malgré les marques, les cicatrices. C'est ce qui restera sans doute de ce film, sans doute trop particulier pour pouvoir toucher le spectateur s'il ne connaît pas lui même ce type de situation dans son entourage au moins. Parce que même si on va ici bien plus loin que le classique téléfilm inspiré d'une histoire vraie mais bourré de larmoyantes déclarations et alourdi de tout le poids social que cela peut véhiculer, la misère humaine, comme le dit si bien l'héroïne, ça ne donne pas grand' chose à l'écran si ce n'est pas quelque peu embelli ; et sans vouloir changer l'histoire, un point de vue plus marqué aurait sans doute plus aidé le propos. Mais Darling permet au passage de se souvenir qu'en France, tous les trois jours, une femme meurt sous les coups de son mari.
 
Publié le 10/11/2007 par Marie-Ambre Devanlay

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Verdict
On retiendra de Darling bien plus le portrait d’une femme qui se désagrège que celui d’une héroïne qui continue de vivre. Marina Foïs, scotchante, explose dans le registre dramatique.
6/10

» INFO FILM
Darling
Nom: Darling
Réalisateur(s) :
Christine Carrière
Acteur(s) :
Guillaume Canet
Anne Benoit
Marina Foïs
Océane Decaudain
Société(s) de production :
Rectangle Productions
Gaumont
Scénariste(s) :
Pascal Arnold
Christine Carrière
Genre: Comédie dramatique
Sortie FR: 07/11/2007

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