David Cronenberg revient gonflé à bloc pour un thriller magistral et glaçant. Vous reprendrez bien une vodka ?
C'est maintenant officiel. Non seulement David Cronenberg a retrouvé une forme olympique, mais il a en plus de cela enfin trouvé un visage, pardon, une gueule à la hauteur de son talent et de ses tourments. On ne sait tout d'abord, en sortant de la projection, si l'on a été le plus impressionné par la puissance de la mise en scène, ou par le regard de glace de Viggo Mortensen, bloc de marbre tatoué aux muscles saillants dissimulés sous un impeccable costume de pompes funèbres. Et puis l'on comprend que chacun tire sa force de l'autre, s'en empare, et l'enrichit du même coup. On appelle cela l'osmose, et c'est beau, surtout sur grand écran.
David Cronenberg a ce talent rare de pouvoir faire exister des problématiques purement personnelles dans un film destiné au grand public (pas trop jeune tout de même…). En effet, Les Promesses de l'ombre est un véritable divertissement, avec tous les ingrédients inhérents au thriller mafieux (trafic, prostitution, drogue…). Mais il est (surtout ?) une réflexion sur les origines, l'identité, et la famille. Et Dieu sait que ce thème est important pour le canadien, et ce depuis Chromosome 3. On aura rarement vu dans la carrière de Cronenberg, un personnage aussi riche que celui de Nikolaï, qu'interprète donc Viggo Mortensen. C'est bien là que l'on voit la complémentarité totale des deux hommes, car la profondeur et l'ambiguïté extrêmes de Nikolaï, qui reste une parfaite énigme jusqu'à la toute fin du métrage, doivent autant à l'interprétation proprement magistrale de son comédien qu'à la maestria absolue d'un réalisateur au sommet de son art. S'appuyant sur un excellent script de Steve Knight, le maître compose une partition si fine et si juste, que le spectateur n'a plus qu'à se laisser emporter par cette sombre machine aux rouages implacables.
Et comme nous sommes chez Cronenberg, les rouages sont des os qui craquent, des chairs éventrées, et du sang indélébile qui souille les mains. Une fois encore, la violence est crue, nette, radicale, bien plus que dans A History of Violence, et ne se cache derrière aucun artifice. La scène déjà tant décrite de lutte brutale dans les bains publics, dans laquelle une fois de plus Viggo Mortensen ne nous cache rien de son enviable anatomie, représente à elle seule un monument de sauvagerie inouïe comme en voit rarement dans des films au circuit de distribution aussi large. Jamais gratuite, cette violence révèle le cœur des hommes piégés dans une spirale dont on ne réchappe pas. C'est dans le regard de ces hommes s'entre-déchirant que l'on perçoit la peur, la rage, les remords, les doutes. Et quand vient l'heure pour les survivants de rendosser le costume de froideur mondaine d'un criminel « de la Haute », il ne reste qu'un seul regard : celui de l'espoir perdu de pouvoir vivre une vie meilleure.
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