De retour d'Irak, un soldat américain est subitement tué. Son père, retraité de la police militaire, mène l'enquête au côté d'une novice.
La guerre en Irak, la guerre en Irak, toujours la guerre en Irak. Elle est dans toutes les bouches, et est devenue, sans conteste un des sujets les plus convoités d'Hoolywood. Avec
Dans la vallée d'Elah,
Paul Haggis ne s'intéresse plus au terrain proprement dit, mais au retour au pays des marines. « La guerre en Irak est un cauchemar, très vite cette horreur devient insupportable et pourtant après deux semaines passées ici, je n'ai qu'une seule envie, y retourner ». C'est en ces thermes que les gars en permission définissent leur situation de retour au pays.
Dans la vallée d'Elah s'intéresse à l'un d'eux, disparu subitement lors de sa première permission. Il est retrouvé décapité, broyé, brûlé, un vrai bonheur pour le médecin légiste. Son père Hank, incarné par un très bon
Tommy Lee Jones, aide Emily Sanders (
Charlize Theron) à résoudre l'enquête, pour tenter de comprendre ce qui a bien pu se produire, sous forme de véritable leçon de police. Emily en est en effet à sa première véritable vraie enquête, et Hank, en ancien retraité de la police prend définitivement les choses en main, indiquant concrètement à l'inspectrice les directives à prendre, les endroits où il faut chercher. Une attitude si paternaliste que l'on se demande vite quel est l'intérêt de ce personnage de femme flic. Peu importe, notre duo de choc, appelons-le comme ça, découvre ainsi l'autre impact de la guerre en Irak sur le pays.
Parce que c'est bien d'un point de vue sociologique que le film devient intéressant. Que ce soit grâce aux vidéos trashissimes que découvre Hank sur le portable de son fils, que ce soit grâce à la tristesse manifeste et générale de l'ensemble des personnages, ou que ce soit grâce aux témoignages poignants des soldats, qui abondent parfois jusqu'au catalogue, le film envisage l'impact de la Guerre en Irak sur la société américaine elle-même. Sur les soldats d'abord, au retour de l'enfer : la guerre en Irak peut-elle expliquer la présence de boîtes de Strip-tease, non loin des camps ? La guerre en Irak peut-elle expliquer l'usage de stupéfiants par les soldats ou simplement son trafic ? En englobant tout le monde dans l'effort de guerre, des minorités, et des plus démunis conquis par la somme allouée aux enrôlés, aux plus aisés, volontaires de par leur esprit patriotique et la fierté familiale…l'Amérique apparaît unie et meurtrie dans son ensemble.
Et l'enquête alors. Ca progresse, c'est fluide, malgré les faiblesses d'Emily, Hank plus fort que tout le monde se joue de tous les tours comme un magicien. Rien d'extraordinaire non plus, le meurtrier ne se cache pas particulièrement, il laisse des traces des indices qui mèneront directement à lui, mais est-ce bien lui le meurtrier ? suggère t-il lui même. La sérénité et l'efficacité affichées par Hank estompent les minimes retournements de situations. Certes, on l'a bien compris, l'attrait du film n'est pas dans sa forme, il ne faut donc chercher ni plans particulièrement esthétique, ni scénario à s'en faire bouillir les méninges, ni de l'émotion à trancher la gorge qui aurait pu faire de ce film pas maladroit un film oscarisable. Dommage. Dans la vallée de l'Elah, c'est l'Amérique le drapeau en berne, une Amérique qui seulement unifiée parviendra à se remettre d'une guerre honteuse. Une enquête stable, du fluide, du fluide maîtrisé par une équipe qui connaît son boulot, merci messieurs. Dans la vallée d’Elah ne consacre personne, mais a au moins le mérite de poser un regard suspicieux sur la guerre en Irak, comme désormais la majorité des américains… il fallait que le cinéma le fasse.