|
Critique : Mon meilleur ennemi |
 |
|
Le documentariste et réalisateur Kevin Macdonald continue son travail de portraitiste, entamé il y a de cela douze ans, avec son nouveau documentaire, Mon meilleur ennemi.
Fort d'un excellent premier long métrage, Le Dernier roi d'Ecosse qui a valu à Forest Whitaker l'Oscar du meilleur acteur, Kevin Macdonald revient à ses premières amours avec ce documentaire, lui qui en a déjà réalisé une dizaine autour de personnages marquants, tels Howard Hawks, Mick Jagger, Charlie Chaplin… ou d'événements, comme la prise d'otages lors des J.O. 1972 de Munich dans l'oscarisé Un jour en septembre. Il s'intéresse cette fois au « Boucher de Lyon », Klaus Barbie.
Retraçant succinctement sa prime jeunesse et son incorporation dans l'armée hitlérienne, Mon meilleur ennemi évoque ensuite ses exactions lyonnaises contre la Résistance et Jean Moulin avant de se focaliser plus longuement sur l'après-guerre et la reconversion de ce maître en interrogatoires et tortures en Amérique Latine jusqu'à son procès pour crimes de guerre. Rouvrant les yeux des plus jeunes sur une période pas si lointaine et éclairant un pan de l'Histoire un peu plus obscur, ce devoir de mémoire échoue cependant par sa démarche artistique et son incapacité à révéler la personnalité de Klaus Barbie, hors des lieux communs habituels (nationaliste, froid…), bien que reconstituant son parcours avec minutie.
Manquant cruellement d'images d'archives, personnelles ou historiques, Kevin Macdonald construit ainsi son documentaire autour de divers témoignages, d'archives ou glanés au cours de ses recherches, allant de victimes de ses tortures à des personnalités telles Robert Badinter ou Jacques Verges, en passant par des politiques ou ex-membres de la CIA. Le portrait de l'homme s'effectue ainsi majoritairement par l'intermédiaire de témoins forcements partiaux ou de parti pris, qu'il s'agisse d'amis ou de victimes, ou d'intervenants aux connaissances empiriques à l'image des historiens interrogés. Les vérités incontestables sont ainsi énoncées mais sans jamais véritablement saisir la quintessence de l'individu, que l'on n'entend que rarement, à travers quelques enregistrements audio, deux interviews, et lors de son procès. Exemple de témoignage vain, celui de son voisin en Bolivie, qui ne fait que confirmer l'antisémitisme de Barbie.
Autre écueil, le didactisme dont fait preuve l'œuvre, s'assurant certes la compréhension et l'adhésion d'un plus large public mais se coupant quasiment de toute piste de réflexion à quelques exceptions rabattues près (l'hypocrisie des gouvernements, le questionnement de la politique américaine). Ici tout est purement informatif et sans ambigüités, là où L'Avocat de la terreur de Barbet Schroeder faisait preuve d'une richesse thématique et d'une densité narrative sur près de 2H15, contre seulement une petite heure et demie ici.
La forme de putasserie dont peut faire preuve Kevin Macdonald est aussi problématique. Les effets de montages douteux aux bruitages suramplifiés, la musique maladroite et tire-larmes, ou l'utilisation abusive de plans bouche-trous (des plans de vautours pour symboliser les réunions de nazis, des images de la Bolivie pour décorer…) ne s'accordent ainsi pas avec la retenue qu'impose le sujet par le choix du documentaire. Le réalisateur se perd même, par instant, dans un racolage émotionnel rappelant la part sombre d'un Michael Moore, lorsqu'il filme une victime reconnaissant la photo de son bourreau, ou un homme se souvenant de ses deux petites sœurs, déportées enfants. Ne reste alors que l'essentiel témoignage historique et la compilation des rares éléments visuels relatifs à Klaus Barbie.
|
| |
|
Publié
le 05/11/2007 par Steve Gallepie
|
| Verdict |
Raté dans sa forme, Mon meilleur ennemi fait cependant office d’un bon complément d’information auprès du grand public et des plus jeunes, et éclaire sur l’importance prépondérante de Klaus Barbie au sein des systèmes dictatoriaux et antirévolutionnaires d’Amérique Latine. |
6/10
|
|
|
|