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Critique : Le Temps des adieux |
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Mehdi Saheb filme les neufs derniers mois de la vie de Giuseppe Tommasi qui sonne comme une renaissance.
Un documentaire, qui étonne d'abord par sa forme et son aspect profondément amateur. Tourné en format vidéo, cela ressemble à un film de famille où l'on aurait emprunté la caméra de tante Suzette : un format récemment couronné à Cannes puisque 4 mois, 3 semaines et 2 jours y a reçu la Palme d'Or 2007. L'image n'est pas belle, le grain de la vidéo crève l'écran, et le film fait preuve d'un manque d'esthétisme absolu tout du long. Et puis, c'est au tour du son de n'en faire qu'à sa tête : le micro intercepte tous ce qu'il peut, et il n'est pas rare d'entendre des sons nauséabonds. A sa décharge, on signale que le réalisateur constitue à lui seul l'intégralité de l'équipe technique du film ! Mais pourquoi un tel film débarque-t'il alors sur nos écrans ? L'intérêt du film est ailleurs, car dans son concept, ce film réalise ce qui n'avait encore jamais été fait au cinéma.
Dispositif de départ : Giuseppe Tommasi est gravement malade, sa vie de débauche l'a conduit dans l'enfer de la drogue. Depuis plusieurs années sans domicile fixe, il apprend qu'il est atteint du VIH et d'un cancer. Transféré à l'Hôpital Zürcher Lighthouse à Zurich, c'est ici qu'il passera les neufs derniers mois de sa vie, entouré par la caméra de Mehdi Saheb, une poignée d'infirmières et des dizaines de piqûres quotidiennes. Giuseppe a 44 ans, 2 enfants d'une vingtaine d'années, une ex-femme et un humour éclairé. Il a aussi un visage qui évoque celui de Michael Jackson - désolé pour la déplaisante comparaison - et une chevelure de Jésus-Christ. Sous forme quasi-exclusive d'entretien, Mehdi Saheb, son ami, obtient au fil du film la confiance de Giuseppe et le filme dans ses instants les plus intimes : lorsque celui-ci prépare sa dose cocaïne/héroïne, lorsqu'il effectue ses examens pour voir l'évolution de ses tumeurs, tumeurs non dissimulées à l'écran, et d'autres surprises qu'il serait dommage de révéler ici. Bien que participant à la description du phénomène Giuseppe, l‘aspect fondamental du film restent ces innombrables entretiens que le réalisateur obtient du junkie. De neufs mois de rushes et d'interview, il en extrait la fleur, d'une heure à peine, découpée et montée avec intelligence. Les séquences s'interrogent et se répondent, les questions trouvent leurs réponses plusieurs semaines plus tard, la destinée de Giuseppe se précise, son personnage complexe devient familier, lui qui remarque désormais la suite de plaisirs que constitue la vie. La bulle est percée, on est dans son intimité la plus totale, et ça gratte tellement ça fait mal.
Giuseppe se livre totalement, il parle de son passé, de ses enfants, de ce qui lui reste à accomplir avant de mourir, de ce qu'il peut encore faire, de ce qu'il aurait voulu faire, de ce qu'il est, de ses souffrances, de sa souffrance. Son personnage est en évolution permanente, tant psychologiquement que physiquement. Non seulement, il philosophe sur la vie, sur la mort ; mais sa manière de penser ne fait finalement qu'un avec sa forme physique…sa finesse humoristique des premiers mois tend à se dilater avec le temps, seule conséquence de son état physique que l'on pourrait résumer par sa réplique : « Ce que l'on m'injecte quotidiennement pour me maintenir debout pourrait tuer de 8 à 10 personnes ». Le catalogue est édifiant. Difficile de vivre ainsi, il en est conscient, et ce film sur la mort s'achève de la plus belle des manières et là, choc visuel garanti pour une séquence qui restera dans les mémoires. La peur des premières images d'un amateurisme total, est en fait un joli subterfuge : Mehdi Sabedi sait ce qu'il veut, et ce qu'il doit filmer : sa proximité avec Giuseppe crève l'écran, et l'aspect démentiel du documentaire se suffit à lui-même. Vous ne saurez plus où vous mettre dans votre fauteuil.
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Publié
le 31/10/2007 par Florent Boucheron
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| Verdict |
Un film bouillonnant sur un junkie philosophe qui se livre sans honte ni calcul, sa proximité avec la mort expliquant cette non réserve. Dans la catégorie documentaire avec zéro moyen, Mehdi Saheb parvient à filmer la mort, et à en dégager une émotion étonnante. Un choc visuel troublant. |
8/10
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