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Critique : Jane |
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Jane Austen amoureuse : sortez vos mouchoirs et pleurez devant les amours contrariés d'une jeune anglaise à l'esprit avant-gardiste.
Eté 1795. La jeune Jane Austen (Anne Hathaway), esprit indépendant qui se voit écrivain dans le futur, rencontre un certain Tom Lefroy (James McAvoy), cousin de ses amis. Lefroy est un futur avocat dissipé qui dépend financièrement de son oncle juge, mais est peu intéressé par la branche campagnarde de la famille. D'abord renfermé, il tombe sous le charme de Jane. Les deux jeunes gens se voient amoureux, mais on attend de Jane un bon mariage – ça tombe bien, un jeune héritier (Joe Anderson) demande sa main – et Lefroy ne doit pas décevoir son oncle. Entre poids de la société et liberté d'un jeune amour, la jeune Jane Austen découvre la vie et apprend : bientôt naîtra Orgueil et Préjugés.
On ne connaît pas grand'chose de la vie de Jane Austen, pourtant l'un des auteurs les plus célèbres de Grande-Bretagne. Et encore moins sur sa vie amoureuse, si ce n'est qu'elle ne s'est jamais mariée. Alors écrire une biographie de l'auteur, surtout axée sur ses relations romantiques, est franchement risqué ; et en faire un film, sans doute plus encore. L'idée de départ est que la jeune Jane Austen a vécu un amour impossible autour de ses 20 ans, peu avant le commencement de la rédaction du premier jet d'Orgueil et Préjugés. Les éternels romantiques seront peut-être émus à l'idée qu'Austen, dans sa jeunesse, ait pu être proche de son Elizabeth, mais soyons réalistes ! Pourtant le scénario s'accroche à une idée bizarre. Lefroy le dit à un moment, pour écrire il faut avoir vécu ; partant de là, on nous montre ce qu'Austen est censée avoir vécu qui lui a permis d'écrire Orgueil et Préjugés.
Comme on n'a aucune information vérifiable sur cette relation si ce n'est la preuve qu'ils se connaissaient, le scénario se complaît à multiplier les parallèles avec l'histoire d'Elizabeth et Darcy. De la jeune pianiste qui n'a pas l'oreille musicale à la proposition de mariage refusée en passant par la figure autoritaire de la vieille aristocrate, tout y est. On retrouve aussi, mais en moins prononcé, quelques allusions aux autres œuvres de l'auteur. Mais l'idée selon laquelle Jane Austen s'est inspirée de sa propre vie pour Orgueil et Préjugés manque d'intérêt, tant du point de vue de la critique littéraire (on évitera de s'énerver ici sur cette théorie stupide comme quoi un auteur met forcément une part de sa vie dans ses œuvres) que de la construction du film.
Ceci étant dit, si on considère Jane en dehors de cette volonté maladroite, et en admettant que l'on arrive à séparer le film de son modèle presque avoué (le film Orgueil et Préjugés de Joe Wright, sorti il y a suffisamment longtemps pour avoir eu le temps d'inspirer les scénaristes et le réalisateur de Jane), l'ensemble est tout de même agréable. Il faut dire aussi que son interprète principale, Anne Hathaway, est impeccable. Il fallait une actrice solide pour pouvoir tenir le rôle d'une femme forte dans l'Angleterre du XVIIIème siècle tout en nous faisant ressentir la pureté de la jeunesse. Le reste est classique aux films de ce genre : musique sautillante et violoneuse sans excès, décors et costumes fidèles. On passera cependant devant l'aspect « bad boy de l'époque » de Tom Lefroy ; comme si une personne avec de l'esprit ne pouvait s'intéresser qu'à quelqu'un qui ne sait pas se tenir. L'ensemble tente une retranscription du poids de la société sur les femmes, entre le regard des autres, l'attente du mariage, le besoin d'évasion. Globalement, Jane reprend consciencieusement les thèmes chers à Jane Austen. Fermons donc les yeux sur l'idiotie de la volonté biographique et laissons-nous aller devant cette histoire d'amour en pleine campagne anglaise, qui décidément cache dans ses buissons une bonne dose de romantisme.
Finalement, on peut considérer Jane plus comme une nouvelle œuvre qui se déroulerait dans l'univers d'Austen, plutôt que comme un épisode de la vie de la romancière elle-même. On pourrait même préférer le titre français, Jane, qui sonne comme Emma – roman de l'auteur, plutôt que l'original, Becoming Jane, qui préfère insister sur la « fabrication » du futur écrivain. Malheureusement, la verve de Jane sonne souvent mal, et le film hésite entre deux genres – la bluette et le drame romantique – sans parvenir à se préciser ni à maîtriser les deux à la fois.
Disons alors simplement que Anne Hathaway n'est pas Keira Knightley, Julian Jarrold n'est pas Joe Wright, et, donc, Jane n'est pas Orgueil et Préjugés. On avait pris un plaisir coupable et quelque peu honteux à voir à l'écran Elizabeth tomber amoureuse de Darcy ; ici, si les sentiments y sont, l'ensemble manque un peu trop de profondeur, et la moins bonne qualité des prestations des seconds rôles, impeccables dans le film de 2006 mais simplement corrects ici, n'aide pas tellement. Jane est agréable, mais rien de plus. Les fadas de l'Angleterre en robes et capes et des amours simples ne lui résisteront pas ; les autres grinceront sans doute des dents face à la platitude et au classicisme, et surtout à la façon simplette de réduire la vie d'un auteur à ses livres. Si on veut retrouver l'auteur, voyons Jane comme ce qu'il est, une romance « campagne-anglaise », et retournons lire les inimitables livres d'Austen.
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Publié
le 23/10/2007 par Marie-Ambre Devanlay
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| Verdict |
Jane est une bluette inoffensive quand on retire tout l’aspect pseudo-littéraire, à prendre comme une simple histoire d’amour contrarié pour pouvoir l’apprécier. Si on se force à se laisser aller à ne plus penser à Jane Austen ou à ses œuvres, le film s’avère même réellement agréable. Une chose est sûre cependant, l’Angleterre et ses campagnes sont l’endroit parfait pour accueillir l’éveil à l’amour. |
5/10
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