Nicole Kidman recherche son fils sur fond d'invasion bactériologique extraterrestre. Qui a dit remake inutile ?
Déjà un troisième remake pour
L'Invasion des profanateurs de sépultures, classique de 1956 dirigé par
Don Siegel, lui-même tiré d'un roman de
Jack Finney, et forcément une question : à quoi bon ? Et puis l'on repense à la géniale relecture de
La Guerre des Mondes par
Steven Spielberg, et l'on se dit qu'après tout pourquoi pas ? D'autant que c'est
Oliver Hirschbiegel (
L'Expérience,
La Chute) qui tient les rênes de cette adaptation, accompagné par un duo d'acteurs splendide :
Nicole Kidman et
Daniel Craig. On était donc en droit d'attendre une relecture personnelle, une nouvelle vision de la part d'un auteur qui a déjà fait ses preuves.
Les doutes sont apparus en même temps que les rumeurs de reshoots, bientôt confirmées par la
Warner Bros., qui n'a pas trouvé mieux que de les confier à
James McTeigue (
V pour Vendetta), pas vraiment un génie. Le malaise est visible dans le résultat final.
Invasion est un film bancal, pas à la hauteur de ses ambitions. Cela se ressent dès les premières scènes, qui offrent un début de film beaucoup trop paresseux. Il a cependant le mérite d'installer des personnages attachants, dont le couple star
Nicole Kidman et
Daniel Craig, qui dégage une alchimie évidente. Cela promet pour les futurs Madame Coulter et Lord Asriel de
La Croisée des mondes ! Malheureusement, si leur personnages sont extrêmement sympathiques, l'identification est quasiment impossible pour le spectateur. Pensez donc : entre l'ex-femme d'un haut politicien et un éminent scientifique fréquentant des diplomates étrangers, difficile de se reconnaître. De plus, voir
Nicole Kidman dans un énième rôle de mère courage éplorée peut provoquer des sentiments nauséeux de déjà-vu tout à fait compréhensibles, malgré tout le talent que déploie à nouveau l'actrice.
Quand à la mise en scène, elle ne souffre que trop visiblement du changement de réalisateur. On ressent en effet très fortement un décalage entre certaines séquences amenées avec intelligence et ficelées avec subtilité – notamment les prémices de la fameuse invasion – et d'autres, proprement mal foutues. Mais c'est vrai, « intelligence » et « subtilité » sont des gros mots bien trop graves pour des producteurs qui ont dû se sentir obligés de faire appel à un larbin pour caviarder le film d'inserts en montage cut ultra moches tournés dans une photo bleuâtre hideuse (n'oublions pas que nous avons affaire à un technicien labellisé
Wachowski).
Mais le vrai problème d'
Invasion reste son scénario. Les rebondissements attendus succèdent aux situations stéréotypées jusqu'à l'os, et ce ne sont pas de pauvres allusions faussement contestataires à la guerre en Irak qui sauvent l'ensemble. De plus, la où toutes les autres versions permettaient d'ouvrir des pistes de réflexion d'ordre politique, ou plus généralement sur la nature humaine, le film d'Oliver… non pardon, de la
Warner Bros., ne fait qu'évacuer en quelques lignes grotesques et une scène finale stupide une réflexion primaire sur le Bien et le Mal. Cette scène finale est d'ailleurs à l'image du reste du film : trop rapide, trop attendue, voire simpliste, aussi dénuée de personnalité que peut l'être un film qui a perdu son créateur en cours de route. Impossible dans ces conditions d'installer une atmosphère digne de ce nom (est-il besoin de le préciser :
Invasion ne fait absolument pas peur) en moins d'1h40, et de dépasser le stade du divertissement honnête. Ce n'est certes déjà pas si mal, mais c'est bien peu au vu du potentiel d'une œuvre pareille. Et cela confirme l'impression d'inutilité totale de ce troisième – et malheureusement pas dernier – remake. Un scénario inepte enfoncé par une réalisation schizophrène (et pour cause…) fait d’Invasion le remake le plus inutile et sans idées de l’année, malgré un duo de stars très convaincant. Il semble pourtant que le pire soit loin d’être atteint.