Avec Sa Majesté Minor, Jean-Jacques Annaud nous propose un conte très décalé, au risque d'en laisser plus d'un sur le carreau.
Dans un temps lointain indéterminé, sur une île purement imaginaire vit Minor, un être muet qui vit avec les porcs. Alors qu'il se promène en forêt, il y rencontre l'influent Dieu Pan, appelé Satyre, qui va lui montrer radicalement ce qu'est le paganisme. Après cela, Minor se tue en chutant d'un arbre alors qu'il épiait la belle Clytia. Mais, contre toute attente, il va ressusciter et même trouver la parole avant de se retrouver Roi, sur les conseils d'un devin.
Jean-Jacques Annaud a prévenu pendant la promotion du film qu'il voulait faire quelque chose d'innovant sans viser tel ou tel public. Et effectivement,
Sa Majesté Minor fait preuve d'une liberté de ton et d'un décalage plutôt bienvenu, et carrément étonnant lorsque l'on sait que le film est produit pour la somme rondelette de 30 millions d'euros. Une énorme prise de risque à saluer, dans un cinéma hexagonal où le genre de la comédie à tendance à tourner en rond et à s'appuyer sur des recettes sûres.
S'amusant avec la mythologie comme un gamin s'amuserait avec ses jouets,
Jean-Jacques Annaud situe son histoire dans un monde où le sexe est présent presque à tout moment, au sein d'une société aux mœurs légères où la chose a une grande importance. Si le film ne se vautre jamais dans le bête étalage de scènes de sexe ou dans des situations lourdingues, ce que le sujet aurait pu aisément amener, il utilise néanmoins un langage cru et très connoté que les plus jeunes ne seront pas forcément aptes à comprendre. Les autres par contre pourront apprécier des dialogues assez finement ciselés, lancés par des acteurs visiblement à l'aise.
José Garcia prouve ici encore une fois de plus sa valeur en se glissant à son aise dans le rôle de cet homme-porc, beaucoup moins idiot qu'il n'y paraît. Face à lui,
Vincent Cassel hérite d'un rôle comme il les affectionne, assez tordu, en y apportant le brin de folie dont il est coutumier.
Sa Majesté Minor n'est pas pour autant une comédie qui revendique le rire à tout prix, et c'est tant mieux.
Jean-Jacques Annaud fait ici encore une fois preuve de son grand talent de conteur en livrant une histoire simpliste mais finalement universelle sur les rapports humains, l'acceptation de l'autre et la violence des hommes. Le film est accompagné d'une bande-son brillante et entraînante, collant très bien à l'univers fantasmé de
Sa Majesté Minor, composé par
Javier Navarrete, déjà auteur de la belle musique du film de Guillermo Del Toro,
Le Labyrinthe de Pan.
Sa Majesté Minor opte pour un récit éclaté en multiples chapitres séparés par des tableaux, ce qui finalement crée quelques longueurs, le spectateur s'attendant forcément un peu à ce qui va se passer à l'écran. On pourra également regretter le traitement justement trop simpliste de l'intrigue, qui tend à rendre le message du film un peu niais, mais tout ceci étant fait dans un univers volontairement léger, ce n'est qu'un faible défaut, en tous cas totalement assumé. Univers léger, décalé et déluré pour Sa Majesté Minor, le nouveau film de Jean-Jacques Annaud, qui s’assume comme un conte simpliste rempli de bonne humeur, dont plus d’un pourra décrocher.