Le ton acide de Frédéric Beigbeder, la virtuosité à la réalisation de Jan Kounen et l'humour de Jean Dujardin : à trois, ils ont adapté 99 Francs !
Après des années à passer d'une main à l'autre,
99 F, best-seller de
Frédéric Beigbeder, arrive enfin sur nos écrans avec un réalisateur de choix,
Jan Kounen, lui aussi un habitué du milieu de la pub. Premier scénario du duo Nicolas et Bruno, les joyeux lurons à l'origine de la série
Le bureau et du
Message à caractère informatif sur
Canal +, le film reçoit un autre renfort de poids avec
Jean Dujardin, l'acteur comique français du moment.
Il y interprète Octave, alter ego littéraire de Beigbeder, créatif cocaïné dans une grosse agence de publicité. Après des années de cynisme partagées avec son binôme Charlie, un semblant de conscience semble s'éveiller chez lui au fur et à mesure des bad trips. Soyons clair tout de suite, les fans risquent de ne pas forcément se retrouver dans le récit de cette prise de conscience doublée d'une descente aux enfers. Parti du script de Nicolas et Bruno,
Jan Kounen et
Jean Dujardin ont apporté leur personnalité au projet et donc bien modifié certains passages avec l'aval du sieur Beigbeder.
Loin de trahir le livre pourtant,
Jan Kounen décide de faire vivre la plume de Beigbeder grâce à une voix-off omniprésente, interprétée avec brio par
Jean Dujardin. Assez peu bavard au final, Octave finit ainsi par plus parler en off que directement dans les scènes, voire à mélanger les deux. Loin d'être une facilité dans l'adaptation, ce choix de laisser le talent littéraire de l'auteur intact libère
Jan Kounen à la réalisation. Lorsqu'Octave nous décrit sa vie par les mots, il évite les redondances et se lâche sur des images d'illustration apportant une autre dimension. Ce metteur en scène survolté semble même un peu trop libre au début. Assez poussif, il accumule les idées pas forcément très bien concrétisées à un rythme difficile à suivre. Le spectateur assiste donc dans un premier temps sans vraiment accrocher aux délires de
Jean Dujardin, qui malgré la transformation physique ne parvient pas à nous faire oublier ses anciens rôles.
Heureusement, dès que le récit vire sur une face plus sombre, peut-être plus habituelle pour
Jan Kounen, le mélange des talents prend enfin. Dujardin se métamorphose dès qu'il touche à la part de noirceur de son personnage, donnant un nouvel éclairage à ses moments de comédie aussi. Dès que le spectateur accroche,
99 F ne le lâche plus.
Jan Kounen nous transporte d'un univers à l'autre selon les délires d'Octave, de grands moments de comédie à de purs instants de méchanceté. Il montre sa capacité à installer une ambiance prenante en quelques secondes, à emporter le spectateur par sa réalisation viscérale. Pour retranscrire le monde superficiel sur lequel règne le créatif Octave, le cinéaste est aidé par un travail d'esthétisme admirable. Chaque détail du décor, même si il n'est pas très clairement filmé, nourrit cette personnalité déjantée. Dans le même esprit, le récit se nourrit de nombreuses références de la pop culture et du cinéma. Kounen double cela par un choix de musiques déjà entendues des dizaines de fois mais terriblement efficaces, utilisant ainsi des techniques de publicitaires pour filmer le monde de la façon qu'Octave le voit.
Entre deux fous rires et un moment d'intense émotion, la surprise de
99 F est de découvrir sous le verni du cynisme la personnalité sincère de
Jan Kounen, celle qui avait déjà transcendé
Blueberry. Au-delà de son évidente virtuosité technique, il parvient à injecter tout son cœur dans son premier film de commande pour en faire un film de
Jan Kounen à part entière, ce qui était loin d'être gagné avec un personnage aussi radical que celui d'Octave. Véritablement porté par les trois artistes que sont Beigbeder, Kounen et Dujardin,
99 F est une œuvre aux multiples facettes qui nous fait passer du fou rire à l'effroi, toujours avec la même énergie. Difficile d’accès d’abord, le trip collectif de Beigbeder, Kounen et Dujardin finit par tout emporter sur son passage.