|
Critique : Mon frère est fils unique |
 |
|
Revenu à la vie, le cinéma italien recommence à s'exporter de l'autre côté des Alpes. Mon frère est fils unique est la dernière pépite transalpine en date.
Maintenant que la résurrection est avérée, on ne ressortira pas de couplet dithyrambique sur la bonne santé du cinéma transalpin de ces dernières années. Une chose est sûre, l'Italie se plonge avec talent sur son Histoire récente, et notamment sur les douloureuses années de plomb. Après une année 2006 marquée par les coups de poing que furent les sublimes Romanzo criminale et Arrivederci amore, ciao, on se précipite donc bave aux lèvres vers un très prometteur Mon frère est fils unique.
Tout en effet dans le film de Daniele Luchetti évoque celui de Michele Placido. Dans l'équipe tout d'abord, avec deux acteurs principaux qui tenaient des rôles secondaires dans Romanzo criminale (Riccardo Scamarcio était Il Nero, le fasciste, et Elio Germano Il Topo, le « testeur » de coke), deux des scénaristes aux commandes des deux films (Sandro Petraglia et Stefano Rulli), jusqu'à la maison de production, Cattleya (Une fois que tu es né). Mais surtout par son sujet qui, dans un contexte de fin d'années 60, début d'années 70, fait planer un parfum de Brigades Rouges et de Chemises Noires.
Le point de départ est simple, et très alléchant. Deux frères, Manrico (Riccardo Scamarcio) et Accio (Elio Germano), que tout oppose. L'un est (très) beau, l'autre non. L'un est aimé de tous, l'autre est seul. Manrico est communiste, Accio est fasciste. Tous deux sont dangereux. Premier constat, quasi-immédiat : le casting est parfait. Les deux acteurs principaux, tous deux fleurons de l'impressionnante et talentueuse nouvelle génération de jeunes comédiens italiens, sont tous les deux excellents. Leur duo, extrêmement solide et passionné, est le point fort de l'œuvre, qui s'articule autour de la relation entre les deux frères.
Cependant, à force de tourner autour des deux jeunes hommes, Mon frère est fils unique en oublie d'exploiter son contexte historique. C'est d'autant plus regrettable que les scénaristes liquident l'opposition politique des deux frères un peu facilement, et surtout, beaucoup trop tôt. Ce qui est une fort mauvaise idée, puisque les enjeux les plus ambitieux du film se trouvent ainsi réduits à néant. De confrontation déchirante, l'œuvre de Daniele Luchetti devient ainsi la chronique des atermoiements d'un jeune homme qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie. Accio propulsé héros du film, Manrico est relativement écarté de l'intrigue. Et c'est bien dommage, car l'on aurait aimé mieux connaître et comprendre le mystérieux brun au regard foudroyant, s'introduire dans son esprit et soulever les raisons de son engagement communiste. Le film perd ainsi beaucoup de son sens et de sa force politique, historique, mais aussi dramatique, ce qui l'empêche de se mesurer à ses récents aînés.
Malgré tout, la sincérité du propos, la générosité des acteurs, et un je-ne-sais-quoi de nostalgie font de Mon frère est fils unique une jolie petite découverte de cette rentrée. Et l'on note précieusement le nom des deux acteurs dans un coin de sa tête. Ne vous inquiétez pas : on les reverra bientôt…
|
| |
|
Publié
le 13/09/2007 par Sabine Garcia
|
| Verdict |
Un résultat moins glorieux que ce que l’on aurait pu attendre, mais la qualité reste au rendez-vous pour un film sincère et touchant. |
7/10
|
|
|
|