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Critique : Inside deep throat |
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En 1972, Deep throat fut le déclenchement d'une révolution des mœurs et des idéaux sexuels aux Etats-Unis. 33 ans plus tard, il s'avère être le film le plus rentable de l'industrie cinématographique.
Gorge profonde : tout le monde connaît le titre de ce film même si les plus pudibonds se vantent de ne l’avoir jamais vu. Et pourtant, comment trouver une explication au fait que ce film écrit en un week-end, tourné en 6 jours pour 25 000 $, ait pu être la fiction la plus rentable de tous les temps avec plus de 60 millions de bénéfices. Avec un montage habile mêlant images d’actualité, réactions à la sortie du film et interviews d’aujourd’hui, tout ceci agrémenté d’une narration faite par un des grands comédiens de l’époque, Dennis Hooper, Inside deep throat se révèle être une excellente surprise dans l’industrie du film documentaire.
Les réalisateurs, Fenton Bailey et Randy Barbato sont certes des investigateurs hors pair (leur film sur l’affaire Lewinsky était remarquable) mais, de plus, ils ont su faire preuve, ici, d’un grand respect envers l’œuvre originale et cela, sans jamais tomber dans la vulgarité. Car il faut dire que Gorge profonde fut l’un des pionniers du cinéma X dans une Amérique à l’époque républicaine et où la contre-culture et la révolution des mœurs en étaient à leurs balbutiements.
Gorge profonde, c’est tout d’abord Linda Lovelace sans laquelle le film n’aurait pu exister. Car tout le film passe par l’art de la fellation de son actrice, qui, selon, le scénario « a un clitoris au fond de la gorge » ce qui nous est démontré, ipso facto dans une scène très représentative reprise du film original. Puis c’est également Gérard Damiano qui, sous un pseudonyme, réussît à faire de la pornographie un art, en faisant souffler un vent de folie, d’humour et de provocation dans ce cinéma « à part ». Enfin c’est Harry Rheems, lequel passa de technicien à l’état d’acteur sans aucune pudeur et en toute modestie. A l’époque tout le monde vît le film, de Jackie Kennedy, à Norman Mailer en passant par le talentueux écrivain Gore Vidal ce qui ne l’empêcha pas d’être interdit dans 25 états américains. Gorge profonde reçut aussi un étonnant papier dans le New York Times, ce qui eu pour effet d’allonger encore la queue des cinémas le projetant en le labellisant définitivement « film culte ».
Gorge profonde eût, non seulement des problèmes avec la censure, mais également avec les agents fédéraux, qui voulurent emprisonner les trois « troublions » qui avaient osé montrer ce qui devait rester caché. Linda Lovelace et Gérard Damiano furent acquittés après avoir plaidé coupable, mais Harry Rheems faillit faire 5 ans de prison si des acteurs très connus du milieu hollywoodien (Warren Beatty, Jack Nicholson…) ne l’avaient soutenu au moment même où les Etats-Unis passaient aux mains des démocrates. On ne parlera pas des problèmes qu’eût le film avec la mafia qui avait avancé l’argent du tournage, mais il est important de souligner l’humour, qui jongle sans cesse entre documentaire serré et moments franchement comiques. Ainsi, ces scènes dans lesquels « l’homme qui osa distribuer le film » se dispute devant la caméra avec sa femme, qui lui ordonne de se taire, de peur d’avoir à faire à quelque remontrance de la part des mafieux, 30 ans après le scandale.
Ce passage démontre le savoir-faire des réalisateurs qui, tout en traitant d’un sujet sérieux, savent faire de la place à une fantaisie bienvenue (l’interview d’une ex-star du x devenue chanteuse par exemple). La fin du documentaire laisse, c’est vrai, un certain goût amer dans la bouche du spectateur mais celui-ci ne peut nier l’efficacité d’un film à la construction habile, presque « clipesque » et qui se permet de mettre le doigt sur un phénomène social et politique essentiel des années 70. Pour les petits curieux, notons que Gorge profonde eut droit à une ressortie dans certaines salles grâce au film de Bailey et Barbato, il y a quelques mois aux Etats-Unis. Souhaitons qu’il en soit de même chez nous, seuls les parisiens ayant, aujourd’hui, l’occasion de revoir ce film pour en constater la sexualité gaiement débridée 33 ans plus tard, dans un monde où l’industrie du X est à portée de tous.
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Publié
le 16/08/2005 par Christophe Hachez
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| Verdict |
Un documentaire spectaculaire sur le bouleversement qu’un film peut engendrer malgré lui. Le fond et la forme se confondent harmonieusement pour nous donner le meilleur d’un cinéma documentaire bien ancré dans une réalité à la fois passée et présente. |
8/10
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