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Critique : Les Amours d'Astrée et de Céladon |
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Des druides, des nymphes, des bergers et des bergères : Eric Rohmer nous refait son roman pastoral version XXI° siècle.
Lorsque l'on voit Eric Rohmer prendre en main l'adaptation d'un classique littéraire, on a forcément en tête le très conceptuel Perceval le Gallois (1979), dans lequel un Fabrice Luchini innocent déclamait son texte dans un décor en carton pâte pastel. Une expérience radicale, dépaysante, facilement agaçante, mais sans aucun doute originale et intéressante. Presque 30 ans plus tard, que nous offre le cinéaste avec Les Amours d'Astrée et de Céladon ? A peu près rien.
L'échec du film tient d'abord dans l'idée même d'adapter une œuvre telle que L'Astrée, un roman pastoral, soit une bluette sentimentale mièvre de plusieurs milliers de pages. Au contraire de Perceval, L'Astrée tient bien plus lieu de référence dans l'Histoire de l'Art comme simple date ou exemple (c'est l'un des romans pastoraux dont le plus grand nombre d'exemplaires soit parvenu jusqu'à nous), que comme chef-d'œuvre de littérature. Et que fait-on avec un gros « Harlequin » ? De la guimauve.
Alors forcément, contexte oblige, la guimauve porte une toge. Et comme elle porte une toge, elle parle une langue très recherchée, si chère à Eric Rohmer. Une langue difficile et particulière, que le cinéaste a souvent utilisé à bon escient par le passé. Mais ici, rien ne fonctionne, rien ne décolle. C'en est affligeant. On serait bien tenté d'en attribuer la faute à des acteurs totalement hors-sujet (seule Cécile Cassel tire – un peu – son épingle du jeu), mais ce serait blâmer bien vite des innocents. Parce que Eric Rohmer a décidé de respecter le premier degré de son histoire, il voit très vite son film basculer irrévocablement dans le ridicule facile, et une mièvrerie presque touchante à force d'être naïve. On a bien dit « presque ».
Peut-être aurait-on pu se laisser bercer et emporter si l'univers proposé avait recelé une quelconque magie. Mais là encore, toujours rien : Les Amours d'Astrée et de Céladon pêche par un manque sordide de grâce et de poésie. Même le splendide décor naturel n'a droit qu'à peu d'hommages, et l'ensemble est parfois filmé avec une négligence technique qui frise l'amateurisme. On pensait les problèmes de vent dans le micro réservés aux courts-métrages étudiants, et pas aux vétérans ! Malgré tout, on sauvera quelques scènes parfois charmantes, telle que celle de Céladon (Andy Gillet) surprenant sa belle endormie (Stéphanie de Crayencour), ou encore une incroyable scène d'érotisme saphique – ou peu s'en faut – plutôt culottée. Ca ne sauve tout de même pas un film.
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Publié
le 06/09/2007 par Sabine Garcia
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| Verdict |
Plus version cheap d’un téléfilm pédagogique que réinterprétation d’un auteur sur un classique de la culture française, le nouveau cru Rohmer déçoit surtout par son vide absolu. |
4/10
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