|
Critique : Boarding gate |
 |
|
Asia Argento, un flingue, un cadavre, Hong Kong, des menottes : la récréation d'Oliver Assayas est avancée.
JLG l'a dit : pour faire un film, il faut une fille et un flingue. Et pour faire un bon film ? Assurément un peu plus. En même temps, Boarding gate annonçait clairement la couleur, via notamment une affiche « plus racoleur tu meurs ». Dans ce film, il y a donc une fille (et quelle fille...) et un flingue. Et puis aussi de la drogue, du sexe, des fuites, des trahisons, tout ça tout ça. La routine quoi.
Olivier Assayas avait prévenu, il voulait faire une série B. C'est tout à son honneur, mais pour autant que l'on sache, faire un petit film n'a jamais été une excuse pour faire un mauvais film. Disons le tout net, la première partie – parisienne – ne vaut rien. Sur fond d'une sombre histoire de trafic de drogue dont tout le monde se contrefout, le réalisateur introduit des personnages tous plus inconsistants les uns que les autres, campés par de bons acteurs perdus dans ce vide. Le résultat fait mal au cœur, et le sommet du ridicule est atteint lors de scènes de domination navrantes entre une Asia Argento caricaturale en roue libre et un Michael Madsen au regard vide. La mise en scène est plate, la photo plus que moyenne, le scénario vide, le spectateur s'ennuie, bref, c'est la Bérézina.
Mais un miracle a lieu alors qu'on n'attendait plus rien. Dès lors que Sandra, le personnage d'Asia Argento, prend la fuite à Hong Kong, Boarding gate prend enfin du relief et gagne en saveur. Et ce n'est pas trop tôt, puisque l'on a déjà dépassé les 45 minutes de projection. On savait Olivier Assayas passionné par l'Asie, et l'on mesure à nouveau à quel point elle l'inspire. Le cinéaste perd son héroïne dans une ville nocturne, incompréhensible, trop grande pour elle, qu'il filme avec magie. La photo (signée Yorick Le Saux) se fait soudain superbe, et les compositions de Brian Eno, choisies avec art, révèlent un amour sincère qui transparaît sur la pellicule. Certes, tout cela sent un peu la version du pauvre d'un Lost in Translation vaguement dark, mais le cœur y est.
C'est aussi là que Olivier Assayas se décide enfin à filmer son actrice comme il se doit, ce qui est bien la moindre des choses lorsque l'on clame partout son admiration pour elle. Boarding gate devient alors un double chant d'amour, à Hong Kong et à Asia Argento, qui aura rarement été filmée sous toutes les coutures avec autant de fascination, voire de fanatisme. Malheureusement, le rôle de Sandra est d'une pauvreté affligeante, et l'actrice ne parvient pas à lui insuffler la moindre personnalité. On assiste donc à un numéro réchauffé avec lequel la comédienne nous livre son énième version de l'ex call-girl / junkie / pute (rayez la mension inutile) qu'elle connaît par coeur. Ne reste que son charisme pour sauver un film qui repose grande partie sur ses épaules. Et – pour une fois – c'est bien peu.
A trop vouloir jouer au cinéaste dans le coup, casting branché à l'appui, Oliver Assayas s'emmêle les pinceaux. Comme à son habitude, il mélange les genres sans en saisir l'essence d'un seul, et l'on voit défiler tour à tour le thriller, le mélo, le polar, le drame, sans savoir à quoi se raccrocher. Mélanger c'est bien, mais seulement si l'on sait en faire une sauce. Ici, ça ne prend jamais, et mieux encore, ça fait des grumeaux. Aussitôt vu, aussitôt oublié.
|
| |
|
Publié
le 22/08/2007 par Sabine Garcia
|
| Verdict |
Mou du genou et inconsistant, Boarding gate déçoit par son manque total de personnalité, et par une rencontre attendue mais ratée entre deux monstres de charisme, Argento et Madsen. Le tout se regarde sans mal, mais sans intérêt non plus. |
6/10
|
|
|
|