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Critique : Mi$e à prix |
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Après Narc, Joe Carnahan se lâche et nous propulse au milieu d'un joyeux bordel dans Mi$e à prix.
Buddy ‘Aces' Israel (Jeremy Piven), magicien de Las Vegas fricotant avec la mafia, est le témoin clef dans le procès de Sparazza (Joseph Ruskin), l'un des plus gros parrains de la ville : il se retrouve alors le centre d'intérêt de divers groupes, comme les agents Messner (Ryan Reynolds) et Carruthers (Ray Liotta) envoyés par le directeur adjoint du FBI (Stanley Tucci) pour le protéger, et Dupree (Ben Affleck) et ses acolytes venus pour lui proposer un accord, mais aussi tous ceux qui ont entendu dire que Sparazza offrirait un million de dollars pour la vie – et surtout le cœur – d'Israel : des néonazis hard core, des tueuses à gage, un balafré qui prend l'identité de ses victimes et n'a donc aucun visage connu, et un quasi psychopathe qui s'est mangé le bout des doigts pour ne pas être identifié. Et puis il y a ce mystérieux Suédois, que Sparazza fait venir exprès, et dont personne n'a entendu parler … Tout ce beau monde se retrouve donc au bord du lac Tahoe, dans l'hôtel où Israel fait passer le temps avec ses hommes de confiance et quelques prostituées. Ca va saigner.
Joe Carnahan s'est fait connaître avec son deuxième film, Narc, polar musclé qui a eu le Prix Spécial Police à Cognac. Mi$e à prix semble être passé au niveau supérieur, puisqu'il a eu, au même festival, le Prix de la Critique et le Prix du Jury (ex-æquo, mais tout de même). Mais les deux films sont tout de même différents, et même si l'on reconnaît la patte d'un même homme derrière, l'ambiance est presque opposée : là où le premier était froid, implacable, Mi$e à prix apparaît presque comme cabotin, rigolard, d'un humour que l'on pourrait qualifier de noir, bourré de scènes d'anthologies. Mais comme pour Narc, Joe Carnahan a pu s'appuyer sur d'excellents acteurs qui présentent tous des performances impeccables – sans vouloir écraser les autres, ce qui ne gâche rien.
On ne peut cependant pas dire que le film innove réellement : beaucoup de ses éléments ont déjà été vus avant, de la présentation des personnages à la construction du scénario ; mais ici, pas de faute de goût, pas de rajout inutile. On pense aussi au Guy Ritchie d'Arnaques, Crimes et Botanique et de Snatch - tu braques ou tu raques, mais en moins bien gentillet : Mi$e à prix, presque film choral dans l'univers non plus des magouilles mais des tueurs à gage, est une sorte de polar nerveux, survitaminé mais toujours contrôlé. Ici, la banlieue modeste se transforme en asile pour enfants hyperactifs et grands-mères lubriques ; le point central de tous les personnages est un type louche qui, quand il ne joue pas avec un paquet de cartes, fait tourner des groupes de prostituées ; les seules héroïnes du film ont des tendances lesbiennes et les punks néonazis, caricaturés à l'extrême, ont des viseurs sur leur voiture et des lances flammes dans le coffre. Les personnages, plus barrés les uns que les autres, forment un tableau d'ensemble déjanté, excité et excitant.
Maintenant presque tout le temps son rythme dynamique jusqu'au nerveux, Joe Carnahan sait se retenir à la fin, quand l'histoire doit se conclure alors que tout a déjà complètement dérapé, mais le fait avec une légère maladresse : le « n'importe quoi contrôlé » du début lui réussit beaucoup mieux que le passage des émotions. Il parvient cependant à adapter la mise en scène aux différents personnages, restant par exemple sage avec le FBI et sous acide avec les frères néonazis. Inutile cependant de chercher un réel but au film : l'abondance de personnages pas forcément utiles et le scénario plus ou moins tiré par les cheveux donnent à l'ensemble un air de joyeux bordel auquel on n'est pas insensible. Autant jouir pleinement de cette séance de détente avec ces allumés : c'est ce qu'est Mi$e à prix, rien de plus, et tant mieux.
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Publié
le 05/08/2007 par Marie-Ambre Devanlay
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| Verdict |
Personnages déjantés, mise en scène nerveuse, acteurs impeccables : Joe Carnahan nous offre un polar au scénario simple mais à la force indéniable. Le résultat est complètement jouissif. |
7/10
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