Critique : La Fille coupée en deux

Critique : La Fille coupée en deux

Accompagné d'un casting faussement aguicheur, l'ombre de Claude Chabrol revient avec le bien terne La Fille coupée en deux.


A l'image de son titre, la cuvée chabrolienne 2007 se divise en deux temps, pour deux castes distinctes que fera se télescoper une jolie ingénue campée par Ludivine Sagnier : d'un côté, l'écrivain hédoniste et libertin Charles Saint-Denis (François Berléand), de l'autre, le fils à papa Paul Gaudens (Benoît Magimel).

La Fille coupée en deux
Tout d'abord portrait des nouvelles élites (artistes, téléastes…) aux rapports troubles en termes de sexe et de pouvoir, le film virera par la suite à l'habituelle étude des arcanes dégénérescentes de la bourgeoisie chère au cinéaste. De ce postulat de départ aurait pu naître une œuvre torturée, transgressive et thématiquement riche, mais la désinvolture semble avoir eu la main mise sur l'entreprise. Sans enjeux narratifs, si ce n'est artificiels, l'intrigue se révèle désespérément vide et dépourvue de toute substance, hormis les habituels clichés. De la tentative de retour aux films noirs hitchcockiens ne subsiste alors que chignon, décapotable rouge et blonde femme fatale transposés de nos jours.

La Fille coupée en deux
La mise en scène adynamique du cinéaste de la Nouvelle Vague n'arrange en rien les choses, entre plans sans inspirations et raccords amateurs. Claude Chabrol échoue ainsi à figurer son sujet et ses émotions. Lorsque qu'il est question de désir et tensions sexuelles, l'auteur ne livre que chair froide et approche libidineuse de la sexualité, allant même jusqu'à user de l'ellipse à chaque passage à l'acte. La transgression cède alors sa place à une représentation aseptisée du libertinage.

La Fille coupée en deux
Sans vision propre, le réalisateur ne parvient pas plus à questionner ses prémices de thématiques, tant il semble se désintéresser de ses protagonistes et est incapable d'orienter son récit. En résulte alors une ambiguïté, d'avantage générée par la paresse du traitement que par une quelconque conviction. Le sexagénaire semble ainsi plus enclin à flatter la région Rhône-Alpes et la ville de Lyon, pourvoyeurs d'aides financières, par des inserts calamiteux aussi inutiles qu'inesthétiques, confirmant qu'il s'agit bien de la ville des Lumières, ce que la profusion de scènes d'intérieurs ne laissait pas forcement paraitre.

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Logiquement, les acteurs se perdent également dans ce marasme filmique, laissant l'impression de traverser le film plutôt que de l'interpréter, peu aidés qu'ils sont par des dialogues patauds. A la désincarnation de François Berléand et Ludivine Sagnier, insipide et bien loin de la magnificence que pouvait lui conférer Xavier Gianolli dans Une aventure, on préférera l'amusant cabotinage d'un Benoît Magimel méché mais toujours aussi inégal. Ne restent alors que quelques situations et saillies assez absurdes pour arracher un sourire, qui ne feront cependant pas oublier la perdition d'un cinéaste au style antédiluvien et déconnecté de son époque.
 
Publié le 05/08/2007 par Steve Gallepie

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Verdict
Partagé entre l’inintérêt et l’insignifiance, La Fille coupée en deux confirme le déclin du cinéaste et fait de Claude Chabrol un auteur dont on attend avec de moins en moins d’impatience de futurs projets.
4/10



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