Critique : Motel

Critique : Motel

Pour son premier film américain, Nimrod Antal nous offre un film d'horreur classique et efficace.


David (Luke Wilson) et Amy (Kate Beckinsale), couple en crise, ont une panne de voiture : ils décident de passer la nuit dans le motel du coin, perdu dans la campagne, tenu par un homme étrange (Frank Whaley). Dans la chambre, ils tombent sur une pile de cassettes vidéo montrant des snuff movies : des meurtres commis dans une chambre qui ressemble fort à la leur. Quand ils se retrouvent encerclés par le gérant et ses copains masqués, la tension monte. Peut-être est-il temps de se mettre à courir.

Motel
Un motel miteux au bord d'une route déserte tenu par un type tellement frustré que ça se voit à sa tête… Ca vous dit quelque chose ? Normal, vous avez vu Psychose, tout comme le réalisateur qui connaît visiblement les films de Hitchcock – dès le générique de début, tout en jeu sur les lettres sur une musique répétitive, on pense fortement au célèbre réalisateur. David et Amy, les deux personnages principaux, ne l'ont pas vu, eux. Et si ici, pas de mère empaillée, on retrouve tout de même l'aspect « voyeur pervers », en modernisé : le Norman Bates de service aime les snuff movies, et a truffé de caméras son motel perdu, pour être bien sûr de ne rien rater. Tout est donc bien préparé dès le début pour qu'on ne doute pas qu'on est bien dans un film d'horreur, de l'ambiance aux personnages, avec la traditionnelle péripétie – l'ennui mécanique en pleine nuit, qui amène les héros en plein dans le piège que le spectateur, malin et surtout habitué à reconnaître les signes avant-coureurs du carnage en devenir, avait repéré, lui.

Motel
Motel joue donc sur les codes des films d'horreur, respectant les règles tout en les adaptant un peu, et même en en jouant à certains moments – comme les plans fixes sur les corps morts sur une musique stressante, comme s'il allait ouvrir les yeux d'un coup. Et le scénario a la décence d'éviter d'envoyer les personnages principaux courir dans une forêt, ou les faire se séparer pour aller voir ce qu'il se passe. Le format court, moins d'une heure et demie, condense le rythme, soutenu jusqu'à la fin, et l'enchaînement de scènes clefs du genre est bien maîtrisé, permettant de conserver une ambiance tendue jusqu'à la dernière image. Il ne faut cependant pas s'attendre à des scènes sanglantes ou à un suspens haletant : là encore, les liens entre Motel et Psycho sont clairs, et c'est plus sur la tension que joue le film plutôt que de s'attarder sur le gore, non avenu ici : si vous cherchez le traditionnel méchant increvable qui se relève d'une démarche saccadée avec des trous dans tout le corps, ce n'est pas ici que vous le trouverez.

Motel
Le choix du casting est intéressant : Antal a préféré prendre deux acteurs connus du grand public et non le traditionnel couple de jeunes adultes sortis de nul part : le beach boy et la blonde bouclée. Ici, les deux ont déjà fait leurs preuves dans d'autres styles de films, mais c'est leur premier rôle dans l'horreur ; et si Kate Beckinsale a joué dans presque tous les genres, Luke Wilson est surtout connu pour ses rôles dans des films comiques. Leur performance est cependant plus physique qu'autre chose, Wilson ayant généralement l'air vaguement effrayé tandis que Beckinsale, dont le personnage est tout de même un peu plus fouillé, passe du rôle de femme énervée sous antidépresseurs à celui de la traditionnelle fille dans les films d'horreur – sursauts, regards traqués, planques derrière l' « homme courageux » – pour finir en meneuse, se battant pour leur vie.

Motel
Aucun problème d'adaptation au registre, donc, pour les deux acteurs, et on peut apprécier l'effort certain d'Antal pour insuffler un peu de psychologie à son film ; sans aller jusqu'à voir cette nuit passée à lutter contre des hommes masqués comme une métaphore des problèmes de couples qu'il leur faut dépasser – mais on peut quand même se poser la question – la façon qu'a le réalisateur de prendre en compte, dans le cadre, ses deux personnages, est subtile : quand ils apparaissent en même temps, c'est presque toujours séparés, ou grâce à des jeux de miroirs ; au moins l'épreuve les aura-t-elle rapprochés…
 
Publié le 30/07/2007 par Marie-Ambre Devanlay

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Verdict
Motel est un film d’horreur rondement mené. Nimrod Antal connaît visiblement ses classiques et a su en tirer des leçons : évitant les écueils du genre, son film respecte les codes tout en restant dans les limites du plausible.
7/10

» INFO FILM
Motel
Nom: Motel
Réalisateur(s) :
Nimrod Antal
Acteur(s) :
Luke Wilson
Kate Beckinsale
Frank Whaley
Dale Waddington Horowitz
Producteur(s) :
Hal Lieberman
Scénariste(s) :
Mark L. Smith
Genre: Thriller
Sortie FR: 01/08/2007
Sortie US: 20/04/2007
Site Web de Motel

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