Harry Potter revient dans le cinquième opus de la saga, avec David Yates aux commandes. Verdict.
David Yates apporte une vision nouvelle à la saga Harry Potter, en adaptant le cinquième roman intitulé l'Ordre du Phénix. Durant les vacances estivales, Harry Potter se voit contraint d'utiliser la magie, ceci étant interdit et sanctionné pour tout élève de premier cycle. Affrontant une justice corrompue, Harry parvient tout de même à réintégrer l'école de Poudlard pour la cinquième année de sa scolarité. Entre des visions étranges, les affres de l'adolescence et l'émancipation du mal, Harry a de quoi faire dans ce cinquième volet.
Loin d'être anecdotique, ce nouvel Harry Potter se concentre sur le personnage principal. Ainsi, nous sommes face à un film aux traits psychologiques avec, au premier plan, un Harry tourmenté et déchiré par tous les sentiments qui l'assaillent. L'univers a fortement gagné en maturité et en réflexion, les enjeux politiques et moraux sont au cœur de l'histoire, dans laquelle Harry est tiraillé. Nous ne sommes plus dans la compétition de la meilleure école de l'année, mais dans la construction mentale d'un jeune sorcier déboussolé. L'âge de la rébellion, où on doit s'affirmer, est habilement amené par une opposition, grâce au personnage tyrannique de Dolores Ombrage (Imelda Staunton). Appartenant au ministère, elle, qui incarne la Loi et l'Ordre, est nommée grande inquisitrice, puis directrice de Poudlard où elle y imposera son autorité. Harry se confronte donc à cette vision de la Justice, et constatera que le manichéisme auquel il était pourtant attaché n'existe pas réellement. Comme le lui explique son parrain SiriusBlack, le bien et le mal ne sont pas si déterminés qu'il pourrait le croire, chacun est juste libre de ses choix. Dans un même temps, Harry et ses amis rejoignent l'Ordre du Phénix, une organisation clandestine créée dans le but de contrecarrer le retour en force de Vous-Savez-Qui.
Un film donc où la responsabilité de ses choix est mise en avant, avec les conséquences qu'elle peut entraîner, sur soi ou son entourage. Choisir ou non d'utiliser la magie lorsqu'elle est interdite, choisir ou non d'obéir, choisir son camp, choisir de tuer. La Justice et la Morale, évoluant en parallèle, s'entrechoquent quelquefois. Des choix parfois écrasés par l'autorité, et qui installent par la même occasion le doute, comme par exemple la scène où Cho Chang, la petite amie d'Harry, dénonce le comité secret de l'Armée de Dumbledore, mais qui était en réalité le fruit d'un interrogatoire aidé par un sérum de vérité. La trahison, Harry la ressentira à plusieurs reprises, comme lorsqu'il découvre que son père n'était par le passé un homme pas forcément bon, du moins, pas aussi bon qu'il le pensait : ce genre de vérités force un homme à se forger une personnalité et une vision de la vie. On pourra aussi s'arrêter sur la symbolique de la prophétie, sorte de métaphore de la destinée, qui encore une fois appelle à faire des choix, et à la responsabilité que cela entraîne. Un apprentissage de la vie, donc, aussi justement traité par le passage de l'école à la réalité, cruelle et, comme si souvent dit dans le film, injuste. La trahison, la différence, l'exclusion et surtout l'identité sont autant de thèmes traités dans l'Ordre du Phénix, et qui répondent très justement à la période que traverse Harry. Des thèmes universels et très actuels dans la société contemporaine.
Au niveau de la réalisation, David Yates s'est personnellement approprié l'univers, par des choix artistiques propres et bienvenus. Un point savamment traité, et au centre de l'intrigue, est celui de l'espèce de schizophrénie qu'endure Harry du fait de son lien avec Voldemort. Les deux personnages étant liés, leurs visions se mélangent. C'est par un découpage brut et vif, soutenu par des gros plans, que David Yates nous emporte dans l'esprit d'Harry. Une plongée dans les yeux comme on plonge dans l'âme, voici un procédé efficace utilisé dans le film. Sortes de réminiscences flashées et incontrôlables, le jeune sorcier est obligé de subir ce genre de visions. Un écho encore une fois à l'autorité oppressive qui règne sur le film. Ce dernier est totalement porté par Daniel Radcliffe, puisque largement centré sur Harry Potter. De ce fait, les seconds rôles, très brillants comme celui de l'étrange Luna Lovegood (Evanna Lynch) ou de l'inquiétante Bellatrix Lestrange (Helena Bonham Carter) restent en retrait, et il aurait été très appréciable de les voir plus développés. Ceux qui ne connaissent pas l'univers d'Harry Potter pourraient s'en trouver déroutés. Hermione Granger (Emma Watson) et Ron Weasley (Rupert Grint) sont ici aussi largement en retrait même si le thème de l'amitié reste central dans l'approche du film, et ils servent plutôt de personnages supports, tout comme le personnage joué par Gary Oldman, Sirius Black. La direction des acteurs est bonne et Daniel Radcliffe nous livre un jeu très correct. La version française s'avère pour sa part assez moyenne.
L'ambiance du film joue sur les contrastes, comme dans le bureau de la sadique Ombrage, tapissé de rose bonbon et de tissus délicats. Les décors sont de très bonne qualité, et on apprécie la maison au look artisanal des Blacks, les labyrinthiques et aseptisés couloirs du ministère de la magie ou encore la classieuse salle secrète de l'A.D. La musique, composée cette fois-ci par Nicholas Hooper, tranche quelque peu avec les anciens films. Réussie dans l'ensemble, elle sert correctement le film et remplit son rôle. Les passages les plus importants du livre sont relatés, mais malgré sa durée (2h20), on regrettera l'aspect expéditif de certaines scènes. D'ailleurs, tout ce qui a trait au Quidditch est absent du film. Pour nous consoler, nous avons droit à une course au dessus de la Tamise, à Londres, à dos de balai magique. Les effets spéciaux du film sont de très bonne facture et, de plus, utilisés à bon escient. Des géants aux centaures, en passant par les patronus et autres sortilèges, la magie numérique comble nos rétines de bonheur. L'apothéose vient de l'affrontement final, qui voit les éléments se déchaîner pour notre plus grand plaisir. La cinquième adaptation des aventures d'Harry Potter est une réussite, et quand on sait que David Yates est aux commandes de la sixième, on attend avec une certaine impatience la sortie de ce Prince de Sang-Mêlé.
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