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Critique : Raisons d'Etat |
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Robert De Niro signe sa seconde réalisation après 13 ans d'absence derrière la caméra, et empoigne pour l'occasion un sujet très ambitieux.
C'est peu dire que le nouveau film de Robert De Niro, 13 ans après Il était une fois dans le Bronx, était attendu au tournant. Propos ambitieux, casting prestigieux, scénariste luxueux habitué à revenir sur l'histoire des Etats-Unis (Eric Roth, à qui l'on doit Munich, Ali ou encore Forrest Gump), le tout supervisé par un Francis Ford Coppola en producteur exécutif : on peut difficilement faire mieux pour mettre la bave aux lèvres.
Et le résultat est en effet une belle réussite à plusieurs points de vue. Au niveau du scénario tout d'abord, qui s'ajoute à la longue liste de scripts brillants déjà pondus par le surdoué Eric Roth. Une histoire complexe, à l'image de la genèse de la CIA, dont le réalisateur nous propose de découvrir les ramifications. Ce qui inclut fort logiquement un nombre très conséquent de personnages plus ou moins secondaires. La qualité première de la mise en scène de Robert De Niro réside dans le fait d'être parvenu à donner une existence et une signification à chacun de ses protagonistes, pions manipulés et manipulateurs sur la table de jeu de l'Histoire. Un tour de force d'autant plus grand que Raisons d'Etat joue la carte de la chronologie éclatée, choix qui aurait pu facilement conduire à une complète perte de repères du spectateur, perdu entre tous ces hommes à trench coat et mallette en cuir. Ce n'est jamais le cas, tant la réalisation est fluide et la narration claire. Si l'on note parfois quelques allers-retours dans le temps trop appuyés, ils ne gênent en rien la lecture des enjeux et des événements. Un certain Stephen Gaghan devrait venir prendre des cours à l'école De Niro.
Cependant, un monument écrasant fait de l'ombre à Raisons d'Etat, et ce dès les toutes premières scènes. Et Robert De Niro étant qui il est, il est encore plus difficile de ne pas faire un rapprochement immédiat avec Le Parrain. L'ombre de Francis Ford Coppola hante chaque plan de Raisons d'Etat. Et l'on s'en étonnera encore moins en sachant que le réalisateur culte devait à l'origine réaliser lui-même ce film, qu'il a finalement abandonné à Robert De Niro... en y restant attaché par le poste de producteur exécutif. Pas étonnant alors que l'on retrouve ces couleurs chaudes, ces noirs profonds, ces silences assourdissants, ces hommes froids et mutiques obsédés par le sens de l'honneur. Au final, Robert De Niro fait une erreur, et ne parvient jamais à donner une identité à son long-métrage, qui n'apparaît qu'en petit frère de son immense prédécesseur.
Autre erreur, là encore liée à la mémoire de la Famiglia Corleone : De Niro a fait le choix d'illustrer le fonctionnement de la CIA comme s'agissant d'une organisation criminelle. Or, ce qui aurait pu passer pour un parti prix dénonciateur grinçant dans un autre contexte, est ici surtout une très mauvaise appréciation des enjeux du script. En réduisant les agents de la CIA, et son héros, à de simples figures d'assassins méthodiques et calculateurs, Robert De Niro méprise totalement les questions de manœuvres politiques, de choix, de morale et d'éthique soulevées par un tel sujet, et vers lesquelles le script d'Eric Roth ouvrait de belles pistes. Réduire la puissante CIA à un groupe de truands sans âme est une bourde plus qu'étonnante de la part d'un acteur et réalisateur qui nous avait habitué à plus de subtilité.
Pour finir, on ne pourra que regretter indéfiniment le désistement de Leonardo DiCaprio pour le rôle principal, tant Matt Damon semble crouler sous le poids de son rôle. Si l'acteur parvient à garder une certaine prestance en fonctionnaire mutique planqué derrière un bureau, il perd toute crédibilité dès qu'il s'agit de se montrer « sur le terrain » ou de donner des ordres. Quant aux scènes familiales face à Angelina Jolie (l'erreur de casting de l'année) et Eddie Redmayne, elles sonnent toutes plus faux les unes que les autres. Trop jeune ? Pas assez sûr de lui ? En tous les cas, le jeune comédien effectue ici sa première faute de parcours en tant qu'interprète. Reste cependant un casting de seconds couteaux irréprochable, qui offre de superbes scènes de confrontation, dont on retiendra surtout le cruel interrogatoire entre John Turturro et Mark Ivanir.
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Publié
le 04/07/2007 par Sabine Garcia
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| Verdict |
L’héritage de Coppola est trop lourd à porter pour De Niro, qui ne parvient jamais à rendre son film personnel, et obtenir un résultat à la hauteur des ambitions du script. Reste un thriller prenant, qui reste malgré tout passionnant et instructif. |
7/10
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