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Critique : Persepolis |
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Persepolis est l'adaptation d'une bande-dessinée de la franco-iranienne Marjane Satrapi. Libre autobiographie, celle-ci retrace l'histoire de son pays, l'Iran, avec un œil décalé, entre Orient et Occident.
Persepolis est d'abord une Bande dessinée. Marjane Satrapi est née en Iran, et pour raconter son pays et faire passer son message de paix, elle choisit le dessin pour toucher le plus grand nombre. Ce n'est que lorsqu'elle rencontre Vincent Paronnaud que Persepolis, le film, devient possible : résumé des quatre épisodes de la bande-dessinée, le film la charcute pour en garder le meilleur. Les réalisateurs, Marjane Satrapi la première, choisissent d'insérer au film des éléments nouveaux pour pimenter un peu son propos. Ils y ajoutent de la magie, de la folie aussi.
Persepolis n'est pas un conte de fées, et l'Iran a depuis la fin des années 1970 une histoire très riche. Les changements brutaux de la politique intérieur du pays et les guerres à répétition entraînent peu à peu le pays et la population dans le chaos où l'on rencontre corruption, extermination et pouvoir des religions. Marjane était adolescente, et fille d'une famille aisée : elle eut la chance de pouvoir étudier en Europe. Ces voyages lui permirent de mieux apprécier les différences culturelles Orient/Occident.
Avec le choix d'une animation réaliste, le film prend complètement la réalité en compte. On suit l'histoire politique de l'Iran, mais celle-ci est mentionnée pour capter la finesse des anecdotes racontées par Marjane. Comment rire des bonnes sœurs si l'on ne comprend pas leur rôle dans la société iranienne ? Dans ce contexte se superposent les idées les plus délirantes des co-réalisateurs passant au crible l'essentiel de la population. Chacun peut s'identifier à ces bouilles crayonnées à la va-vite, le soin étant porté sur les détails : le grain de beauté de Marjane, la bouteille d'alcool de son père, le voile de sa grand-mère, le joint du punk occidental.
Choquant !!! En tous les cas, le film est provocateur et peut déranger dès lors que l'on entend le « connard » répété par la petite Marjane à huit ans seulement. La suite est un pur délice, on en salive déjà. Le film est de plus une véritable réussite artistique : Persepolis donne tout simplement envie de se mettre au dessin. Mariant les coups de crayons gras précis à des couches grisâtres, le film s'amuse à réinventer. De l'expressionnisme allemand pour signifier la détresse de Marjane, à la fermeture à l'iris, clin d'œil à la Nouvelle Vague, le film marie tout dans les plus parfaites règles de l'art.
Mais au-delà cette transgression, c'est un message d'amour et de paix universels que délivre Marjane Satrapi avec toute sa rage, et la meilleure volonté du monde. L'animation permet tous les délires artistiques de Vincent Paronnaud, le tourbillon amoureux dans lequel nous entraîne la jeune Marjane est filmé tout en finesse, figurant l'évolution de la relation, par l'image et ses jeux sur le noir et blanc. L'escalier fou et interminable est rendu possible par l'animation qui se justifie à mesure que le film avance. Elle permet de figurer des images, des émotions, de la poésie, et des décalages impossibles sans son recours.
Et lorsque l'image ne suffit plus, emportée par cette simplicité, c'est par les dialogues que les réponses sont apportées (le canard en miette de pain par exemple). Les dialogues sont eux aussi en décalage total. Le film revendique un langage grossier qui ne s'avère jamais vulgaire, et les répliques qui font mouches se suivent les unes après les autres… et l'on jouit de voir s'effondrer chacun à leur tour les clichés que l'on peut se faire du Moyen-Orient, mais aussi de la jeunesse européenne : le passage à la puberté de Marjane est hilarant, sa réinterprétation de Eye of The Tiger de Rocky, l'est tout autant. Quasi-exclusivement en noir et blanc, le film reprend des couleurs à l'aéroport d'Orly, comme pour signifier le flash-back que constitue le film, pour signifier le calme de l'Occident, ainsi que le souvenir et la nostalgie de l'Iran de Marjane. Un Iran qui se réveillait avec Iron Maiden, et qui s'habillait en Nike.
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Publié
le 25/06/2007 par Florent Boucheron
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| Verdict |
Persepolis est un film d’animation qui mêle repères historiques, dialogues humoristiques et transgression avec une créativité et une beauté artistique étonnantes. Les plans sont simples mais travaillés avec soin. L’ensemble est harmonieux, féerique, divertissant et nous comble pendant 1 heure et demi par sa finesse. Un dessin animé pour adultes. |
9/10
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