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Critique : Héros |
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Premier film de Bruno Merle, Héros offre à Michael Youn son premier contre-emploi, ainsi que sa première sélection cannoise.
Ex-trublion cathodique, Michael Youn était passé avec succès vers le grand écran avant de s'embarquer dans quelques grasses déroutes artistiques, ses personnages n'étant alors que des clones cinématographiques de ses créations du Morning Live, de simples extensions de son humour déjà reconnu, soit une capitalisation relativement aisée.
Héros marque un changement radical de registre puisqu'il y interprète un comédien catalogué comique se sentant prisonnier de cette condition, acculé à l'enlèvement de la rock star Clovis Costa (Patrick Chesnais), simili Johnny Hallyday. Une véritable prise de risque explorant sa part sombre latente et l'exposant davantage à la critique d'une certaine intelligentsia, tandis qu'il œuvre parallèlement avec succès dans la parodie musicale avec son Fatal Bazooka.
Car avant d'être présentateur télé, Michael Youn est avant tout un comédien en quête, plus ou moins consciente, de reconnaissance artistique, ce qui semble, aux premières images, l'avoir poussé vers le premier contre-emploi venu, tant les premiers instants respirent l'approximation, la pose, voire le pathétique. Ce serait se méprendre, car passé le doute légitime initial, ce premier essai se révèle un objet radical osé et se livrant sans arrière-pensée, à l'image de son interprète principal.
Entretenant des similitudes évidentes avec ce Pierre Forêt, le comédien décrié, Michael Youn est la première véritable surprise du film tant il habite son rôle, lui dont la fragilité fait redouter l'explosion, lui qui semble porter cette fêlure tragique de l'enfant bourgeois illégitime emprisonné dans cette morne norme. A travers un personnage d'inspiration hautement scorsesienne, au croisement du Travis Bickle de Taxi driver et du Rupert Pupkin (d'ailleurs crédité en alias durant le générique) de La Valse des pantins (dont il emprunte le point de départ), il livre une prestation incroyablement touchante et rageuse, mêlée de composition et d'une importante résonnance personnelle, lui conférant une respectabilité immédiate. D'autant qu'il est l'épicentre de ce film-témoignage, où seuls une poignée d'autres comédiens tiennent le reste de l'affiche (Patrick Chesnais, dans la peau du souffre-douleur cathartique en tête, suivi de Jackie Berroyer et d'Elodie Bouchez, pour les plus connus).
Bruno Merle n'a, en effet, pas redouté de partager les feux de la rampe avec la star, peut-être autant pour se protéger que pour faire accepter son univers, car l'homme a sa vision du médium. A la fois exercice de style et pensum, ou introspection et pamphlet, le film montre un jeune réalisateur créant son propre monde hanté par ses démons, ses références, ses réflexions. Optant initialement pour un format numérique misérabiliste, il ose le passage au scope crapoteux, s'autorise des saillies scénaristiques qui en énerveront plus d'un, parvient à maintenir son principe de huis-clos jusqu'à la toute fin du récit… manifestant un vrai savoir-faire doublé d'un désir de cinéma latent et d'une certaine sensibilité, comme l'atteste la grâce surgissant sporadiquement de ce sombre univers, du flash-back fantasmé à la tirade d'Edmond Rostand.
Bien sûr quelques maladresses émaillent l'entreprise comme, par exemple, un noir scindant un plan-séquence afin de faciliter sa mise en œuvre ou quelques superpositions et multiplications de personnages un peu chargées, tout comme peut affleurer une certaine prétention par instant. Cependant la construction scénaristique, bancale de prime abord, et la confusion des genres, entre fiction, réalité et mise en abîme, à des fins thématiques finissent de faire de ce premier essai une réussite. Abordant le pouvoir de l'image faisant de la télévision le second cerveau de l'Homme, l'abrutissement des masses, la perte de repères, la récupération médiatique ou encore la fanatisation, Héros se révèle extrêmement riche, fatalement confus, viscéralement et fondamentalement dérangeant par son non-respect systématique des normes, mais foncièrement vivifiant, donnant le change au spectateur jusque dans sa dernière scène.
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Publié
le 23/06/2007 par Steve Gallepie
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| Verdict |
En dépit de quelques longueurs et maladresses, Héros manifeste une vraie envie de cinéma dans une œuvre, portrait d’une folie ordinaire, teintée d’humour, radicale et réflexive, réservant de réels moments de grâce et offrant à Michael Youn une performance de premier ordre. |
7/10
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