Dans son nouveau film, Lasse Hallström filme Richard Gere jonglant avec son mensonge et en plein acte créatif.
1970 : Clifford Irving (
Richard Gere), petit écrivain, est à la recherche d'un livre qui pourrait faire sa célébrité. Ayant retrouvé un ancien ami, Richard Suskind (
Alfred Molina), ils trouvent à eux deux l'idée du siècle : faire croire à tout le monde qu'ils sont en contact avec Howard Hughes, l'excentrique millionnaire qui vit reclus depuis maintenant 12 ans, et que celui-ci leur dicte son autobiographie ; ils espèrent ne pas être découverts en comptant sur l'absence totale de relations entre Hughes et le monde extérieur. Alléchés par le projet, ses éditeurs alignent les chèques, mais Irving se retrouve emprisonné dans ses mensonges.
Lasse Hallström n'est pas connu pour faire des films très personnels ; celui-ci ne déroge pas à la règle, étant d'un classicisme presque impeccable, très lisse et sans accroc. Cependant, reprenant ici une histoire vraie (déjà adaptée par
Orson Welles dans
Vérité et mensonges)
Faussaire, de par son encrage dans une période historique forte aux Etats-Unis, semble se démarquer légèrement des précédents films du réalisateur, adoptant un point de vue plus grinçant et, dans la dernière partie où la suspicion commence à prendre le dessus, plus sombre : après tout, le Watergate n'est pas loin, ne l'oublions pas.
On ne peut pas non plus lui reprocher de ne pas avoir réfléchi sur le sujet : virevoltante au début lorsque tout n'est qu'effervescence dans la tête des deux faussaires, la caméra s'assagit lorsque la vérité est découverte, avec pour point central la scène où
Richard Gere écrit « Hoax » à l'intention des journalistes dans la saleté de la vitre de la voiture qui l'emmène. Le ton léger du début présente un univers presque comique ; entre les falsifications de preuves et les vols de documents tout s'enchaîne joyeusement et l'annonce de la vérité n'en est que plus douloureuse. Le film est soutenu par une flopée d'acteurs impeccables, le génial
Alfred Molina en tête, et on avait oublié que
Richard Gere pouvait réellement bien jouer ; ici, affublé d'une prothèse nasale, de talonnettes et de plusieurs touffes de cheveux en plus pour mieux coller à son personnage, il se glisse parfaitement dans le caractère de Clifford Irving, pour prendre ensuite, moustache, gomina, accent traînant et blouson d'aviateur à l'appui, l'apparence d'un Howard Hughes presque caricaturé : on assiste peut-être ici au retour d'un acteur en ce moment déclassé.
Mais
Faussaire, c'est aussi une réflexion sur le créateur et son monde, sur l'illusion de l'écriture et, à travers cela, sur celle du cinéma. Irving a créé l'autobiographie plus vraie que nature d'un homme qui ne parlait plus, au point de bluffer tous les experts qui en ont à chaque fois validé l'authenticité. Howard Hughes, figure floue mais toujours présente, passe du mythe qu'il était dans les années 70 à un personnage de fiction, et Irving par ses mensonges recrée un nouveau Hughes à qui il donne la parole, s'interrogeant sur sa façon de pensée, de réagir dans différentes situations. Il finit alors par perdre le contrôle qu'il croyait avoir sur son œuvre, pour se laisser manipuler, pour franchir la limite qui sépare le mensonge aux autres du mensonge à lui-même et en arriver à construire une autre réalité. L'ensemble donne au film, malgré des débuts amusants, une couleur plus sombre, plus dramatique. Lasse Hallström présente avec Faussaire ce qui est sans doute son film le plus abouti depuis Gilbert Grape en 1994. Maîtrisant sa caméra aussi bien que ses acteurs, son traditionnel académisme sert ici ses desseins.