Critique : Made in Jamaica

Critique : Made in Jamaica

Un documentaire sur la Jamaïque, qui pointe les différences entre le Reggae roots, et le nouveau Reggae Ragga-dancehall.


Jérôme Lapêrrousaz, certainement un nostalgique du Reggae Roots, nous entraîne dans un film étrange qui contraste avec l'habituelle image que l'on a de la Jamaïque, comme on a pu se la représenter dans le film Rockers de Ted Bafaloukos. Il y a toujours les bidonvilles, les vieilles épaves, les motos qui n'avancent plus et la musique reste omniprésente car c'est encore la seule manière pour cette population d'espérer un jour pouvoir s'en sortir. Faisant parfois allusion à l'histoire, il se centre davantage sur le devenir de ces nouvelles stars du Dancehall, et sur ce qu'ils racontent à travers leurs chansons : les Rastafari sont bien loin.

Made in Jamaica
Le film commence tambour battant : on voit Bogle, déchaînant son flow sur un Yacht type Jet-set : de l'or, du champagne et pleins de jolies filles dénudées. On apprend ensuite sa mort, parce que, dit-on, il égorgerait chez lui des poulets, pratique commune de l'Eglise adventiste de Kingston dont il est un adepte. Le régime Ital, pratiqué par les Rastafari, interdit la consommation de volailles et de poissons, ceci expliquant sans doute cela. Pur hasard ou astuce de mise en scène, lorsque le corbillard retourne au ghetto, Gregory Isaacs débute un show improvisé entres cartons, poubelles et tôles ondulées, comme il semble s'en faire beaucoup par Kingston. C'est d'ailleurs relativement choquant de voir, à l'intérieur de cette violente pauvreté, des instruments de musique de luxe, et une sonorisation du tonnerre. Il est dommage que cela reste une hypothèse, le réalisateur délaisse cette mort pour devenir un véritable Disc-Jockey ensuite : même dans les comédies musicales, il est rarissime d'avoir autant de passages chantés ou dansés que dans Made In Jamaïca. Ainsi, le rythme du film est considérablement ralenti, le spectateur devient totalement passif, abattu par ce fourre-tout musical, incohérent, et qui finit pas lasser…on est quand même là pour voir un film.

Made in Jamaica
Il y a aussi des imperfections, de moindre importance, mais qui prouvent que le sujet échappe quelque peu au réalisateur : les inscriptions qui présentent chaque musicien dont Beenie Man, Capleton, Third World et Gregory Isaacs, sont une bonne idée de départ, respectant soigneusement le graphique type Dancehall. Mais point trop n'en faut, on finit pas s'y perdre et ne plus savoir qui est qui, ne plus savoir qui suivre, pour tenter de se rattacher à une possible problématique. Le film ne parle de rien, rassemblant des captations de concerts, et des interviews sans guère d'intérêt. Et pourtant, il y avait de la qualité exploitable, notamment par la traduction systématique des textes chantés…des plus grands standards de Bob Marley (Redemption Song, No Woman, No cry) jusqu'au nouveaux tubes de Capleton, ou autre Bounty Killer. Deux écoles se démarquent, le Reggae Roots, qui puise ses racines dans les textes bibliques pour lutter contre l'oppression, et qui véhicule des messages puissants. Enfin, la nouvelle génération dancehall, plus frénétique, qui voit dans le sexe et la débauche une manière inédite de divertir la population en détournant les problèmes. Très apprécié en Amérique latine, et en Europe, le Dancehall est une usine à fric incroyable à en voir les bijoux et autres diamants que portent les showmen, qui a signé la mort du bon vieux reggae à l'ancienne dont il est désormais difficile d'envisager un futur.
 
Publié le 14/06/2007 par Florent Boucheron

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Verdict
Un documentaire raté, qui ne fait qu’enchaîner les titres reggae et dancehall (de bonne qualité tout de même) à défaut d’avoir quelque chose à dire. Porté par la nostalgie du reggae à l’ancienne, le film dévoile tout de même de forts contrastes entre passé et présent, entre deux musiques que l’on ne peut plus assimiler ; il aurait suffit de traduire les paroles.
4/10

» INFO FILM
Made in Jamaica
Nom: Made in Jamaica
Réalisateur(s) :
Jérôme Laperrousaz
Acteur(s) :
Alaine
Capleton
Producteur(s) :
Pascal Hérold
Société(s) de production :
Herold Productions
Lawrence Pictures
Scénariste(s) :
Jérôme Laperrousaz
Genre: Documentaire
Sortie FR: 13/06/2007
Site Web de Made in Jamaica

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