Drame à Fort Fort Lointain : Shrek est tout falot et même plus drôle. Ou est passé notre ogre préféré ?
Dans le pays de Fort Fort Lointain, le Roi Grenouille se meurt : l'ogre Shrek doit se préparer à monter sur le trône mais n'est pas très enchanté par l'idée ; heureusement pour lui, il existe un autre héritier : un certain Arthur, adolescent mal dans sa peau et un peu maladroit, souffre-douleur de son école. Shrek part donc le chercher, en compagnie bien sûr de l'Ane et du Chat Potté, laissant le royaume aux mains des princesses. Mais le Prince Charmant, acteur raté et frustré, parvient à convaincre les méchants que la fin de l'histoire, pour une fois, pourrait être heureuse pour eux et non pour les traditionnels gentils. Il prend le château et le pouvoir par la même occasion, et attend le retour de Shrek de pied ferme. Mais celui-ci a beaucoup à faire : il essaye de se dépatouiller de l'école d'Arthur, de l'embuscade tendue par le Capitaine Crochet, de la rencontre avec Merlin, l'ancien prof de magie en retraite anticipée, et surtout de la venue prochaine d'un petit ogre. Parce que Fiona est enceinte, et ça, ça lui donne des sueurs froides.
Il fut un temps où Shrek avait provoqué une mini-révolution dans le monde de l'animation avec son traitement novateur des contes et de Disney ; c'est fini. On sentait déjà, avec le second volet, que l'équipe s'était assagie, mais Shrek le troisième assomme un bon coup les fans qui continuaient à espérer. Ici, fini l'esprit irrévérencieux, les allusions plus ou moins discrètes aux « contes de notre enfance ». Le maintenant célèbre ogre vert a perdu toute sa superbe pour devenir un simple film d'animation clairement orienté vers les plus jeunes enfants comme on en voit tout le temps maintenant : un comique de situation basique qui ne fera rire que les très jeunes, des dialogues sans recherche … Et surtout, comble de l'horreur, des thèmes terriblement banals. On nous ressert le coup de la prise de ses responsabilités, de l'acceptation de soi malgré ce que pensent les autres – thème déjà abordé dans le premier volet mais d'une façon bien moins simpliste. Ici, les panneaux clignotent pour nous dire « attention, là il y a un message, suivez bien ». Et, guidé sur le chemin balisé que le réalisateur a consciencieusement tracé, le spectateur s'ennuie. L'heure et demie passe plutôt lentement, l'histoire s'enchaîne d'un faux rebondissement à un autre.
Comme pour toute suite qui se respecte, bien sûr, on retrouve les personnages qui ont fait fonctionner les autres, mais ici complètement déstructurés, sans aucun relief. Chacun faisant acte de présence, comme s'il y avait une liste à cocher, aucun finalement ne semble mener à quelque chose. S'ensuit alors un défilé de personnages en pleine figuration, lançant leur phrase fétiche puis s'en allant. Les nouveaux sont bâclés ; quel intérêt d'appeler l'héritier Arthur et de le faire écuyer si c'est pour ne rien en tirer ensuite ? Quant aux principaux, ils ont perdu leurs caractéristiques véritables pour n'être que de simples marionnettes. En gros, cette histoire aurait été écrite pour d'autres héros qu'on ne s'en serait pas rendu compte. Ce n'est pas une période faste pour les suites à Hollywood. Restent le trio des princesses, aux situations parfois bien trouvées, et le personnage de Merlin, qui, si l'on enlève justement le fait que c'est Merlin (parce qu'il n'y a aucune allusion au personnage « réel » si ce n'est son nom), est plutôt sympathique.
|