Critique : Dialogue avec mon jardinier

Critique : Dialogue avec mon jardinier

Jean-Pierre Darroussin a une salopette, Daniel Auteuil des pinceaux dans les mains ; Becker croit qu'il peut faire un film avec cela, et c'est une grande erreur.


Un quinquagénaire (Daniel Auteuil) en pleine séparation d'avec sa femme (Fanny Cottençon) quitte Paris pour s'installer dans la maison de son enfance, dans le centre de la France. Il tente d'opérer une sorte de retour à la nature pour expérimenter un nouveau style – il est peintre – et, pour l'entretien du jardin, embauche un jardinier qui s'avère être un ancien camarade d'école (Jean-Pierre Darroussin). Entre deux plantations de rosiers, quelques commentaires sur le maniement de la faux et des « tu te rappelles, quand … », les deux hommes apprennent à se connaître et le peintre découvre une autre façon de voir les choses, remettant en question son art et son comportement envers sa famille.

Dialogue avec mon jardinier
Deux des trois derniers films de Jean Becker, Les Enfants du marais (1999) et Effroyables Jardins (2001), ont trouvé leur public parmi les amoureux de la nature couplée aux sentiments simples. Dialogue avec mon jardinier a le même profil : la campagne, le potager, l'amitié … au premier abord, ce nouveau film s'inscrit dans la lignée des deux cités. Pourtant, ici, on peine à entrer dans l'histoire. Cette amitié, maladroitement présentée – avec cette histoire de surnoms ridicules sans doute censés émouvoir et montrer la proximité des deux personnages mais plus horripilants qu'autre chose – est fade et sans grand intérêt sans qu'on puisse en blâmer les acteurs que l'on sait capables de le faire.

Dialogue avec mon jardinier
L'un des gros handicaps du film vient de l'utilisation de l'opposition téléphonée entre la ville (Paris, bien sûr) et la campagne (le centre de la France, pour aller directement au contraire). Les réflexions du jardinier, probablement voulues pour toucher le peintre et nos âmes de citadins par la même occasion, sont d'une rare niaiserie (« oh, il y a beaucoup de voitures sur le périph' ») et leur naïveté sans doute jugée touchante par Jean Becker fatigue vite ; on sentait déjà un truc louche avec les réflexions profondes sur le fait que « quand on regarde la brume, on ne voit rien », mais le point culminant est atteint quand le jardinier, qui n'a pas quitté sa salopette depuis le début du film, s'assoit devant la Liberté guidant le peuple de Delacroix et reconnaît le tableau parce qu'il est sur les billets de 100 francs et son calendrier : un tel cliché achève totalement le personnage, dont le capital sympathie était déjà très bas ; Becker a dû oublier comment dépeindre un homme simple autrement qu'en utilisant des lieux communs tellement usés qu'ils plombent un caractère en moins de temps qu'il ne faut au spectateur pour dire « salopette ». Bien sûr, au contact de l'homme simple, le peintre parisien se rend compte de tas de choses, comme du fait que les galeries d'art sont pleines de flambeurs et qu'il est mieux de demander des nouvelles des gens quand on croise leurs amis.

Heureusement pour nous, le film a quelques passages humoristiques, comme la narration des vacances du jardinier à Nice avec « la femme » (Hiam Abbass, toujours impeccable), mais ces quelques éclairs dans la monotonie d'une histoire sans surprise, sans relief, ne parviennent pas à sauver le pauvre spectateur de la contemplation des légumes et de la platitude de l'expression des sentiments.
 
Publié le 12/06/2007 par Marie-Ambre Devanlay

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Verdict
Jean Becker ne sait plus comment parler des sentiments simples. Au lieu de faire un film touchant comme beaucoup de ses précédents, il s’enfonce dans les lieux communs et la platitude. La seule chose que Dialogue avec mon jardinier nous fait ressentir, c’est l’envie de rhabiller Darroussin et de lui apprendre à parler normalement.
3/10



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