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Critique : Black Snake Moan |
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Un ex bluesman désabusé tente de sauver l'âme d'une jeune nymphomane droguée et alcoolique. Y parviendra-t-il ?
On se souvient du premier film de Craig Brewer, Hustle & flow, long-métrage sympathique traitant du phénomène Crunk (sorte de hip-hop amélioré) vu à travers le parcours d'un jeune mac mélomane. Le metteur en scène avait alors su allier l'exigence de son sujet (la petite délinquance) à sa passion pour la musique assez bien retranscrite, assez en tout cas pour vous donner envie de vous lever de votre siège et taper du pied. Ici, il reste dans le domaine musical et s'intéresse au blues, auquel il emprunte son titre (Black Snake Moan est le titre d'un vieux standard de Blind Lemon Jefferson). Malheureusement, le dernier film de Craig Brewer est loin d'être réussi, et au vu de ses bonnes intentions, on le regrette vivement.
Lazarus a été « largué » par sa femme qui est partie avec son propre frère. Ancien bluesman, il vit maintenant dans une solitude toute catholique jusqu'au jour où il découvre Rae, à moitié morte au bord de la route. Il décide d'emmener la jeune fille chez lui pour la soigner et la forcer à faire face à ses démons (le sexe surtout, ladite jeune fille étant nymphomane, mais aussi la drogue et l'alcool). A la vue de l'affiche (recyclant l'imagerie de la blaxploitation liée au cinéma dit « bis »), et avec un tel sujet, on pouvait s'attendre à ce que la rencontre des deux personnages donne lieu à quelque chose de violent et flamboyant. Que nenni, le film reste d'un classicisme désolant et décevant (Craig Brewer vient du théâtre et cette fois cela se voit).
Didactique dans ses considérations bibliques, linéaire dans le récit, le film, s'il n'est pas ennuyeux, manque singulièrement de relief. Et ce ne sont pas les images trop proprement significatives (Ah, Christina Ricci, entièrement enroulée dans une chaîne en acier) qui réussissent à le rendre dérangeant. Si le metteur en scène réussit incontestablement à mettre la musique en image, il échoue quand il s'agit de faire évoluer ses personnages. Aussi, si la rencontre est longue, le film reste longtemps en stand-by devant ses deux protagonistes principaux et on se prend à attendre patiemment que les relations se nouent, ce qui peut paraître bien lent. Pas assez osé, pas assez atypique malgré ses ruptures de ton, le film, on l'a compris, déçoit.
Mais dans Black Snake Moan, il y a Christina Ricci, méconnaissable mais sexy en diable, toujours aussi bonne actrice bien qu'elle semble avoir du mal à choisir les bons rôles (on se souvient du très mineur Cursed de Wes Craven). D'un regard, elle fait passer un torrent d'émotions tout comme Samuel L. Jackson qui, signalons-le, a étudié la guitare durant le tournage de Des serpents dans l'avion. Essayant d'apprivoiser cette fois-ci le serpent noir, c'est-à-dire le démon personnel enfoui en chacun de nous, il est tout simplement éblouissant. Aussi, s'il a eu du mal à traiter son sujet, on ne peut pas reprocher à Craig Brewer de ne pas savoir choisir ses acteurs (même Justin Timberlake est convaincant, ce qui n'était à priori pas évident au regard de sa prestation dans Alpha Dog de Nick Cassavettes). Ces acteurs crèvent l'écran tout en sauvant le film. Quant aux amateurs de blues, ils seront aux anges face à une BO tout bonnement exceptionnelle incluant les nombreux « chants de l'âme » de Samuel L. Jackson lui-même dont le fameux « Black Snake Moan » dont l'interprétation inédite est peut-être le clou du film.
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Publié
le 03/06/2007 par Christophe Hachez
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| Verdict |
Bourré de clichés, Black Snake Moan ne vaut que par sa musique et ses interprètes qui trouvent ici, chacun dans leur registre, l’un de leurs plus beaux rôles. Ils font en sorte que ces presque deux heures de film approximatif passent assez vite, une fois la rencontre amorcée. On les en remercie. |
6/10
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