Une réalisatrice controversée, une actrice trash et un livre à l’odeur de souffre : voilà les trois arguments de séduction de cette œuvre présentée à Cannes.
Lorsque
Catherine Breillat, la reine du porno-intello, annonce que la matière première de son nouveau film sera un roman scandaleux du XIX° siècle, la nouvelle a de quoi faire saliver.
Une vieille maîtresse, texte génial de
Jules-Amédée Barbey d'Aurevilly, dont le nom est aussi lourd que son œuvre est subtile, possédait en effet toutes les qualités sulfureuses et empoisonnées que le talent d’une
Catherine Breillat, manifestement assagie et revenue de ses enfantillages avec
Rocco Siffredi, pouvait exploiter avec brio. Ajoutez à cela une interprète de haute volée en la personne de
Asia Argento, dont l’aura brûlante s’accorde à merveille avec l’univers de la réalisatrice, et vous obtenez un projet terriblement aguicheur.
Si le résultat n’est pas totalement à la hauteur du chef-d’œuvre dans lequel il puise son inspiration, il reste tout de même très convaincant. Le premier des mérites de la réalisatrice, et non des moindres, est de ne jamais être écrasée par la reconstitution historique. De ce fait, et même si les dialogues sont parfois repris à la virgule près dans le texte original, l’adaptation littéraire gagne en légèreté. Extrêmement fidèle, le scénario de
Catherine Breillat parvient à se détourner de l’interprétation ampoulée d’un texte riche et dense en choisissant de le traduire par des scènes très graphiques - jamais
Catherine Breillat n’a fait un film aussi esthétiquement réussi - quitte à sacrifier un peu de profondeur à l’efficacité. Ainsi, le personnage de Ryno de Marigny est beaucoup moins torturé que dans le livre, mais il n’en devient que plus trouble et sombrement séduisant.
Ce-dernier est incarné par une véritable révélation : le parfait inconnu
Fu'ad Ait Aattou. Il forme avec
Asia Argento l’atout principal du film, un couple infernal et sensuel engagé dans une lutte sauvage. La caméra de
Catherine Breillat filme avec une adoration proche de l’idolâtrie (comme on la comprend…) leurs corps, leurs visages, leurs mouvements, et capte de manière quasi-charnelle les résonances si particulières de leurs voix, profonde et chaude pour l’un, rocailleuse, insolente et teintée d’accent étranger pour l’autre.
Fu'ad Ait Aattou a la beauté d’un diable et le talent d’un dieu,
Asia Argento est ténébreuse comme le mal et envoûtante comme un maléfice : leur alchimie est au-delà de la perfection, elle est juste évidente. D’autre part,
Catherine Breillat a rendu à la perfection le personnage de la Vellini, cette vieille maîtresse scandaleuse qu’incarne l’actrice italienne, dont la réalisatrice n’a pas même cherché à dissimulé les nombreux tatouages.
Asia Argento flirte sans cesse avec la vulgarité mais la transforme en noblesse, non pas aristocratique, mais sauvage.
Hélas, la vieille maîtresse qu’est la Vellini ne trouve que peu de concurrence en la personne de la femme de Ryno. Totalement inexpressive,
Roxane Mesquida désamorce complètement le duel qui aurait dû déchirer le cœur de
Fu'ad Ait Aattou, partagé entre une passion honteuse avec une courtisane et l’amour pur qu’il éprouve pour sa femme légitime. La blondeur factice de la jeune actrice ne trompe personne, et ses robes blanches et pastel dissimulent très mal un sex-appeal qui décrédibilise tout à fait la pureté et l’innocence sensées caractériser la jeune fille, et la mettre en opposition complète avec la Vellini. Au lieu de cela, la jeune femme se révèle être si transparente qu’elle ne parvient jamais à soutenir la comparaison avec sa puissante rivale. Cela d’autant plus que
Catherine Breillat, fascinée comme on l’a dit par son interprète, a clairement pris parti dans sa mise en scène pour le personnage d’Asia Argento. Un choix discutable, mais qui l’aurait moins été sans cette erreur de casting. Emmené par un couple extraordinaire, Une vieille maîtresse fait preuve d’une sensualité, et parfois d’une cruauté, savamment mises en scène et transcendées par ses interprètes. Quelques mauvais choix viennent cependant ternir l’ensemble, mais sans jamais totalement gâcher notre plaisir.